Journal de Haven-Jane CF01 : Les Origines

Le texte qui suit est publié avec l’autorisation de Catioucha, créatrice de La Clone Factory et du Forum de l’Archipel des Amazones.

Atlas Park ~ Tour 18, Escalier B, Etage 58 de la Clone Factory Inc. ~ 15h51

Debout devant la grande baie vitrée de la salle de conférence, un homme fixe l’horizon. Il a l’air sévère et soucieux. Derrière lui, réunis autour d’un immense bureau ovale, la totalité des membres du conseil d’administration de la Clone Factory Inc. retient son souffle.
« – Confirmez-vous ces informations, Petterson ? demande soudain l’homme en se retournant.
– Oui, Monsieur le Président.
Petterson triture nerveusement son stylo et poursuit d’une voix atone :
– Nos sources sont formelles, Monsieur. La production est achevée, les premiers éléments sont sur le terrain mais… les forces de l’ordre refusent de les intégrer à leurs effectifs et pas moyen de les y forcer… C’est la guerre des nerfs car le Paragon Police Department n’a pas l’intention de trancher : le syndicat Union Police Security, majoritairement représenté, est un lobby très puissant, aller contre lui pourrait être préjudiciable pour eux… Déjà, le plan de reclassement de la municipalité, visant à remplacer progressivement les agents partant en retraite ou décédés dans l’exercice de leurs fonctions par du personnel et des moyens privés, était très mal passé. Mais depuis le début la stratégie de la municipalité a manqué de subtilité et les failles de communication qui ont eu lieu ces dernières semaines, suite à notre nomination officielle pour ce marché, n’ont rien arrangé en dévoilant que nos produits étaient basés sur des technologies de clonage génétique… Les policiers remplacés progressivement par des contingents de héros clônés… Ca a soulevé une polémique impressionnante et la pression sur la municipalité de Paragon est telle qu’ils viennent juste de poser un recours pour l’annulation du marché… Bref : nous sommes dans l’impasse…
Regard du PDG pesant lourdement sur Petterson, qui se tasse dans son fauteuil après son exposé et baisse les yeux sur ses notes sans ajouter un mot. Puis d’une voix grave le PDG interroge le chef du départment Analyses et Prospectives, lequel commence à marmonner d’une voix aigüe :
– Je… Nos statisticiens analysent la question sous toutes ses coutures, Monsieur, mais il semblerait contre toute attente que nous ayons commis une erreur stratégique en choisissant Paragon afin d’implanter notre usine pilote et lancer la production… Quand nous avons lancé la production c’était encore jouable mais depuis… la densité de population méta-humaine et mutante est devenue trop forte… Paragon a draîné ces deux dernières années bien trop de population super héroïque… Dans ce contexte notre produit est obsolette à peine arrivé à maturité… Nous sommes déjà dépassés… Et nous avons certainement mal évalué également les risques en matière d’image publique : nous aurions certainement gagné à proposer des robots plutôt que des clones pour ce marché, les gens ne sont pas encore prêts, il n’y a qu’à voir les réactions de l’UPS qui s’appuit sur du lobbying intensif afin de nous griller auprès de la municipalité et de la population… Avec des robots, nos coûts et temps de production auraient été réduit de près de 73%, et malgré des coûts de maintenance et d’entretien certes plus conséquents, nous aurions en particulier bénéficié de subventions de l’état à hauteur de 12%. Et nous…
Grognement du PDG qui impose d’un geste de la main le silence à son Directeur Analyses et Prospectives. Il semble enfin porter son regard sur le reste de l’assistance et, après un long silence, il dit d’une voix étrangement enjouée, comme résignée depuis longtemps à cette issue :
– Messieurs, parfois il faut savoir se retirer en beauté !
Murmures dans la salle que le PDG fait taire en plaquant ses mains bruyamment sur le bureau.
– Ce fut une belle aventure humaine ! Mais si nous voulons que cette compagnie survive il faut savoir jouer nos atouts au bon moment. J’en ai longuement discuté cet après-midi avec notre Directeur de la Recherche, il serait certainement bon que nous acceptions la rupture du contrat qui nous lie à la Municipalité de Paragon et que nous nous recentrions sur le coeur de notre activité. Après tout cette expérience nous aura fait faire un bond de géant dans les domaines de la génétique : si nous utilisons ces acquis pour développer considérablement le pôle de Recherche et Développement basé à Seattle, nous pourrions très vite devenir les leaders sur ce créneau. Il serait donc stratégiquement plus judicieux maintenant de rentabiliser nos acquis avant que d’avoir une trop mauvaise image pour s’orienter définitivement dans le secteur de la recherche génétique.
Murmures encore plus agités, mais on devine quelques hochements de tête rassurés de la part de la majorité des membres de l’assistance. Suite à quoi le PDG achève son discours en répartissant brièvement les missions à ses adjoints et en distribuant les ordres comme des bons points. Puis il met fin à la séance et tout le monde quitte la salle. Sauf Petterson qui s’approche et demande :
– Et que doit-on faire pour… eux ?
– Les clones ? Bah… On ne va pas les piquer comme des animaux en fin de vie… Que voulez-vous qu’on en fasse ?
– Doit-on les emmener avec nous ?
Silence du PDG. Puis :
– A quoi voulez-vous qu’ils nous servent ? Nous les avons taillés pour servir la cité et protéger ses habitants, pas pour qu’ils terminent leurs existences comme cobayes humains dans un laboratoire…
Silence gêné.
– Mais vous avez beaucoup de travail encore, mon vieux, enchaîne alors le PDG en posant sur Petterson un regard paternaliste. Occupez vous correctement de notre transfert à Seattle et du démantellement de la compagnie à Paragon. Quant aux clones, je m’occuperai d’eux personnellement, je peux faire en sorte qu’ils aient au moins une existence légale et qu’ils conservent la propriété des bâtiments opérationnels sous-terrains, mais nous ne pouvons guère faire plus pour eux… Après ils seront livrés à eux-mêmes. »
Petterson hoche la tête et quitte la pièce en silence.
Dans le silence du grand bureau ovale, l’homme resté seul pousse un profond soupir.

A suivre…

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