Chapitre 10 : Les Rocs de la Tourmente , partie 7

Les Chants d'Elenwë, récits roleplay, fan fictions et jeux vidéo : guerrier justice noir dark

 

Comme des fantômes, ils sortent de la nuit où ils s’étaient tapis en attendant mon retour, apparaissant en silence par petits groupes pour me rejoindre près du Monument de la Rune.
Dans leurs regards farouches brille leur soif de sang et de bataille. Ils sont prêts. Ils n’attendent que mon commandement.

Je me tiens au centre du Sceau, les yeux clos. Je m’abandonne à la puissance runique qui coule dans mon sang. Je quitte mon corps, n’y laissant qu’une infime parcelle de ma conscience. Je laisse mon esprit planer un instant au dessus de moi, puis je le dirige au dessus du village de Hulu. Je prends garde de ne toucher aucune pensée, de ne créer aucun remous sur mon passage. Personne ne doit sentir ma présence.

Je donne l’ordre à mon armée de se séparer en deux et de prendre position de part et d’autre des deux accès au village. Mes Invoqués agissent en silence, dans le même mouvement. Ils ne font qu’un avec moi. Ils sont mon corps. Je suis leur souffle. Leurs esprits se noient dans le mien. Je suis l’escrimeur. Ils sont l’épée avec laquelle je me bats.

Ils fondent sur leurs proies avec un grondement sauvage. Leurs boucliers résonnent sous l’impact des coups portés par les Khitars. Leurs épées se nimbent d’un halo violet. Mes sorciers orques animés par la fureur de la bataille déversent leurs sortilèges de mort sur l’ennemi. Leur mana épuisé, ils rompent le combat, laissant place à la vague suivante. Les Hommes-Chats tombent les uns après les autres. Les blessés sont achevés d’un coup de poignard. Il ne reste plus que des cadavres.

Je romps le contact. Je réintègre mon corps. J’ouvre les yeux. Je vacille. Je m’écroule à même le sol, épuisée, tremblant de froid. Grimaud me tend la main et m’aide à me relever. Je m’appuie sur lui, sur sa force, sur sa chaleur. Mes premiers pas sont douloureux. Tout mon corps proteste contre ce que je viens de lui faire subir. Léna est livide. Des larmes brillent dans ses yeux.

-« Ca va aller Léna. Il me faut simplement quelques minutes… » J’esquisse un vague sourire.

-« J’ai cru que tu étais en train de mourir. J’avais beau t’appeler, tu ne m’entendais pas. Tu ne revenais pas. »

Son inquiétude est telle que je me retiens de lui rappeler mon immortalité. Je me contente de serrer sa main dans la mienne.

Mais je n’en ai pas fini. Une partie de mes esclaves a été massacrée et les principaux bâtiments qui me permettent de maintenir mon armée dans ce monde ont été rasés. Je dois procéder à un nouvel Appel, mais je suis tellement épuisée que j’ai du mal à maintenir ma concentration. Je n’en appelle qu’une dizaine.

J’envoie mes sorciers sécuriser la zone tout autour du village. Dans les décombres fumants du village nous avons trouvé de nombreuses traces de sang. Mon inquiétude pour nos alliés et amis skergs ne cesse de grandir. Je décide de me joindre aux patrouilles.

Nous finissons par les retrouver. Leurs cadavres ont été jetés dans un ravin peu profond à une lieue environ du village, près des grottes où nichaient les rampants que Grimaud et moi-même avions éliminés à notre arrivée dans la vallée.

Léna tente de me retenir, mais je dégage mon poignet de l’étreinte de sa main. Je cours vers le fond du fossé, entraînant les pierres et la terre sous mes pas. Je ne veux pas voir leurs yeux grands ouverts, vides et ternes. Je me laisse tomber à genoux près des corps sans vie, me mordant les lèvres jusqu’au sang, retenant le cri d’horreur et le sentiment de désespoir qui me submergent .Naman. Hulu. Les enfants qui jouaient à faire des ricochets sur la rivière. Simiry, la petite fille qui m’avait offert une délicate fleur blanche dont je n’ai jamais su prononcer le nom. Je suis responsable de leur mort.

-« Khyrielle, viens. Tu ne peux plus rien faire pour eux. » Léna se tient à mes côtés. Je ne l’ai pas entendue descendre.

-« Tu te trompes Léna. » Je la regarde, mais je ne la vois pas. Je reprends. « Tu te trompes. Il y a une chose que je peux faire. »

  • « Ils ne le voudraient pas ! » L’horreur que je sens dans sa voix me ramène à moi et me brûle comme un fer rougi au feu. Un voile sombre pulse autour de moi. Mon Pouvoir s’est activé, hors de mon contrôle. Elle recule d’un pas, effrayée.

-« Jamais ! Jamais, je ne leur ferai une chose pareille ! »

Je me penche et je prends le corps de la fillette entre mes bras. Elle est si légère. Son corps est redevenu souple, mais il est plus froid que la glace. Je remonte sur le chemin. Je la confie à mes serviteurs. Je leur donne l’ordre de fabriquer des brancards. J’interdis à quiconque de me suivre, et je redescends dans le charnier en contrebas. Nul autre que moi ne les touchera.

En silence, nous avons regagné le village en une lente procession. Anéantie, j’ai donné l’ordre à mes serviteurs de dresser des bûchers et de creuser des tombes.

Je leur ai aussi ordonné de creuser une fosse commune à l’écart et d’y mettre les cadavres des Hommes-Chats.

Dans l’intimité des ruines de la maison du guérisseur, je procède seule à la toilette mortuaire de Hulu, Naman et des enfants. Les petits corps ne portent qu’une seule trace de blessure. La lame qui a mis fin à leur jour s’est montrée miséricordieuse. Il n’en va pas de même pour Hulu et pour Naman.

Je caresse les longs cheveux blancs rougis de sang de mon amie. J’essaye du mieux que je peux de les démêler et de les natter pour cacher l’horrible enfoncement de sa tempe. Le coup qui l’a tuée lui a été porté avec une violence inouïe. Je dépose un baiser sur son front et je m’écroule à même le sol en gémissant. Je me mords la main jusqu’au sang pour que mes sanglots ne soient entendus de personne. Léna et Grimaud s’occupent d’autres corps à quelques pas de là. Ils n’ont pas voulu que je me charge de tous.

Je m’accorde quelques instants pour retrouver mon calme. Il est hors de question que mes hommes me voient dans un tel état. Je suis leur chef. Je suis une Guerrière de la Rune. Ma peine et ma souffrance ne regardent que moi. Je remets de l’ordre dans mes pensées et dans ma tenue.
Lorsque je sors enfin, la nuit tombe.

Mes Invoqués ont œuvré sans relâche et les bûchers s’alignent dans la clairière. Tout autour du village, mes sorciers orques montent la garde.

Je dépose moi-même les corps sur le bûcher central. Je ne connais pas les familles des enfants, alors je les couche près de Naman et Hulu. J’ai refermé leurs mains l’une sur l’autre pour qu’ils soient unis dans les Brumes comme ils l’étaient dans ce monde.

« Puisse Aonir vous accueillir dans sa Lumière et veillez à jamais sur vous. Puisse ce sommeil s’être qu’un peu de rêve entre ce monde et quelque chose de meilleur. » Ma voix est haute et claire quand je prononce mes adieux.

Je prends la torche que me tend Grimaud. Ma main ne tremble pas. Je mets le feu aux bûcher,s regardant les flammes prendre vie et monter à l’assaut des herbes et du bois avant de s’emparer des corps en crépitant.

Je saisis mon poignard et d’un geste sec je coupe mes cheveux à hauteur de ma nuque pour les jeter dans le brasier où reposent ceux que j’ai trahis. De mes doigts tâchés du sang de Naman je dessine un trait sous chacun de mes yeux, puis, sans un mot, sans un regard, je me détourne. Je me dirige vers la Pierre des Ames et je me laisse absorber par son pouvoir.

L’heure est venue.

A suivre…

© Cenwen

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