Chapitre 11 : Les Rocs de la Tourmente, partie 8

Les Chants d'Elenwë, récits roleplay, fan fictions et jeux vidéo :créature

 

-« J’ai vu les feux dans la vallée. » Le regard de Setrius s’attarde un instant sur mes cheveux courts ainsi que sur les runes sanglantes dessinées sur mon visage. «Je suis désolé. »

L’air autour de nous vibre légèrement et la pierre des âmes brille d’une lueur bleutée. Son activation a attiré les forestiers autour d’elle. Mon apparition soudaine au cœur de la nuit sonne l’heure du rassemblement.

Un murmure s’élève et meurt aussitôt sur mon passage. La rage qui m’anime palpite autour de moi et semble affecter même les moins sensibles. Sans un mot, Setrius me tend le flacon de poison de veine-ardente. Ses hommes se mettent en formation en silence.

Ils vont descendre dans la vallée et m’attendre non loin du village de Hulu, devant le dernier portail qui protège Duhnam et ses mercenaires. Je voyagerai par les Pierres pour les rejoindre. J’ai donné ordre à mes Invoqués de se disperser dans la forêt et d’éviter tout contact avec les Humains. Je les ai lancés à la recherche des Hommes-Chats. Pas un seul ne survivra à cette aube et la journée qui suivra. Je veux couper mon ennemi de toute possibilité de secours et de renforts. Nul n’échappera à ma vengeance.

Seule dans la nuit, je cours. Je cours, le cœur broyé par la douleur. Je cours, portée par ma fureur et mon désir de mort. Je cours, refoulant mes larmes et ma peine insupportable. Je cours, déployant mes auras comme autant d’avertissements. Je cours, lançant mes sorts à la volée, foudroyant tout ce qui se dresse pour me barrer le passage. Je cours, mais je n’échapperai pas à mes pensées et à ma culpabilité. Je cours, mais je n’échapperai pas à ce qui me hante, à ce que je suis.

La source jaillit entre trois rochers moussus, cachée par des fougères argentées dont les frondes graciles se détachent comme une délicate dentelle ouvragée sous la lueur de la lune. Je verse le contenu de la fiole à la naissance de l’onde qui fredonne doucement entre les pierres. La faible opalescence du poison de veine-ardente se dissout immédiatement dans l’eau. Le temps que je rejoigne les Forestiers de Setrius, il aura atteint sa cible, rendant les Khitars fous furieux, les incitant à s’entretuer les uns les autres. C’est à ce moment que nous attaquerons.

Je suis arrivée par le village de Hulu et de Naman. Un instant, j’ai cru que j’allais m’écrouler, terrassée par le chagrin. Tel un spectre, j’ai erré parmi les tombes, écartelée par le désir de me coucher dans l’une d’elle et de mourir pour échapper à l’horreur de devoir survivre encore et encore, condamnée par ma Rune à une vie sans fin et à une mort sans fin, où l’oubli et le pardon ne me seront jamais accordés.

Mais je suis ce que je suis, une Guerrière de la Rune, et même libérée de l’emprise des Mages du Cercle, j’ai un devoir à accomplir et un serment à honorer. Ceux et celles qui survivront à cette bataille ne pourront pas dire que j’ai failli ou que je me suis dérobée.

Je rejoins les Forestiers de Setrius et je donne l’ordre d’ouvrir le dernier portail de la vallée. Peu importe que ses battants s’écartent avec un bruit de tonnerre, le poison a eu le temps de faire son effet et les Kithars ne sont plus en mesure de comprendre l’imminence du danger.

Nous progressons rapidement jusqu’au camp. Nous nous cachons dans les taillis autour de la palissade fortifiée et je détache de groupes de 3 volontaires pour neutraliser les gardes des tours. Leur structure ne laisse aucun doute sur leur fonction. En dehors de protéger le camp de toute intrusion, elles abritent une arme redoutable, un feu liquide qui brûle même sur la surface de l’eau. Des flottes entières de navires de guerre furent ainsi détruites pendant la Guerre de la Convocation. Les énergies magiques qui ont disloqué notre monde étaient terrifiantes, mais la folie et le désespoir des Hommes les poussèrent à inventer des armes de destruction insensées. Je pensais que le secret de la fabrication de ce feu avait été perdu quand notre monde s’est abîmé dans les Ténèbres…
Une fois les gardes neutralisés, nous pénétrons dans le camp. Une pluie de flèches s’abat sur les Khitars désorientés. Mais ils n’en sont pas moins dangereux dans leur folie. Ils se ruent sur les Forestiers et plusieurs d’entre eux tombent au sol, mortellement blessés. Grimaud et Léna se portent à leur secours, tandis que je continue à progresser et à chercher Duhnam dans le chaos de la bataille. Mais il reste introuvable malgré la fouille en règle que nous effectuons dans le camp.

Nousdécouvrons trois prisonniers humains que je confie aux hommes de Setrius. Ils ont l’air en relative bonne santé et je n’ai, pour le moment, pas de temps à leur accorder. Je ne sais pas comment, mais Duhnam nous a échappé, et je veux me lancer à sa poursuite sans attendre.

Setrius et Jannina nous ont rejoints. Ils sont arrivés par un chemin qui descend de la montagne, à l’opposé du portail qui nous a permis d’accéder au camp. Le jeune érudit soutient sa compagne dont
l’épuisement est manifeste.

Je me tourne vers les Forestiers et je les remercie. Cette victoire est la leur, mais le prix à payer a été lourd. Ils ne sont que quelques uns à avoir survécu à cet assaut. Ils ont le regard hébété de ceux qui viennent de traverser les Plaines de Zarach * et qui ne comprennent pas qu’ils sont encore en vie. Je regarde Setrius les réconforter, les inviter à remonter dans les contreforts des Rocs de la Tourmente en emmenant leurs morts avec eux. Il trouve les mots que je ne sais pas prononcer. Sa compassion est humaine. Je ne le suis pas. D’avoir voulu l’être à nouveau a failli nous mener au désastre et à coûté bien des vies.

D’instinct, je sais où je vais trouver Duhnam. Et je ne me trompe pas. Un bourdonnement sourd fait vibrer l’air autour de nous. La Pierre des Ames près du campement s’illumine brièvement. Il est là, son épée à la main. La fureur déforme ses traits. La folie brille dans ses yeux. Son regard dément n’a plus aucune trace d’humanité. Avant même que nous ayons pu faire le moindre mouvement, il se rue sur Jannina. Comme au ralenti, elle porte sa main à sa gorge. Un flot de sang s’écoule de sa blessure. Elle s’effondre doucement à terre.

-« Enfin ! » murmure-t-elle.

Je recule de quelques pas, agrippant Setrius, l’entrainant avec moi, le suppliant de ne pas bouger.

Une ombre noire se déploie au dessus du corps sans vie de notre amie. Un huhulement strident et démentiel s’élève, nous glaçant les sangs et nous figeant sur place. La chose sans nom qui s’est accroché durant des lunes à l’âme de la jeune femme après que la folie de Duhnam l’ait arrachée à son dernier sommeil, cette chose est enfin libre. Elle tourne un instant entre nous, puis se jette sur Duhnam pour s’emparer de lui et lacérer son corps. Avant que nous ayons pu faire quoi que ce soit, elle se dissout dans les airs dans une plainte déchirante. Nous restons secoués d’horreur, choqués,
incapables de parler devant les deux corps sans vie.

-« Vite, il ne va pas tarder à se réveiller ! » Léna n’a pas tort. Quoi que la chose ait fait au corps de Duhnam, elle n’a pas pu emmener son âme avec elle.Son essence est prisonnière de sa Rune.

Setrius se penche au dessus du corps de son frère et fouille rapidement ses vêtements.

-« Tenez » me dit-il « Prenez-la, c’est le seul moyen. Il n’y en a pas d’autre. Vous seule, pourrez contrôler sa folie. »

Malgré ma répulsion, je prononce son assujettissement. Contre ma volonté, je deviens sa Gardienne.

La pierre nimbe ma main d’une lueur sanglante.

A suivre…

© Cenwen

  • Plaines de Zarach : l’équivalent de notre enfer.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s