Chapitre 2 : L’Appel, partie 1/2

fLes Chants d'Elenwë, récits roleplay et jeux vidéo : oret sombre

 

Comme un nageur épuisé remonte à la surface après un plongeon dans une eau noire, profonde et glacée, j’ai les poumons en feu.
Je suffoque.
Je vacille.
Je m’accroche à la voix qui m’appelle.
Elle est dure, arrogante, impérieuse.
Pourtant, je me concentre sur elle.
Je reprends pied sous un ciel bas et lourd.
La lumière me brûle les yeux.
J’ai du mal à respirer.
L’air autour de moi est nauséabond, plein de remugles, d’odeur d’humus en décomposition, et plus prenante encore, de charniers et de restes pourrissants.

– « Oui suis-je ? je ne me rappelle pas… »
– « Enfin ! Bienvenue à Mirraw Tuhr, un infâme marécage perdu aux confins des terres d’Urgath…Mais vous pourriez bientôt changer tout çà ! »

La voix est chargée d’ironie et de mépris.
Mes yeux s’accommodent enfin.
L’homme à qui elle appartient est grand, musclé.
Sa barbe est courte, brune. Ses cheveux sont noirs, ses yeux marron, une fine cicatrice  barre le côté droit de son visage.
Son armure porte la trace de nombreuses batailles.
Il est armé d’une hache double soigneusement entretenue.

– « Vous ne vous souvenez pas ? La voix est douce, musicale. Nous avons combattu côte à côte pendant la bataille de Fiara. Vous êtes une guerrière de la Rune… »
– « La Rune me soumet à votre volonté. Commandez et je vous obéirai ! »

Les antiques paroles de soumission ont franchi mes lèvres sans aucun effort de volonté ou de mémoire. Elles sont gravées en moi. Elles font partie de moi, de ce que je suis.

– « Voilà qui est bien tentant… »
– « Grimaud, rends lui sa Rune…tu m’avais promis ! »
– « Mais cet obéissant guerrier ne nous sera plus d’aucune utilité… »
– « Grimaud ! »
– « Bon d’accord. »

Il soupire, exaspéré et cède à sa compagne à contre cœur.

Elle se tourne vers moi, aussi frêle et lumineuse que son compagnon est viril et sombre. Elle est vêtue d’une longue robe blanche défraîchie. Le bâton dans sa main droite me rappelle quelque chose. Le souvenir s’échappe.

– « Je m’appelle Léna. Nous étions amies.… » un silence, elle reprend,  « autant que la Rune permette ce genre de lien…»

Un fracas assourdissant se lève dans ma mémoire et meurt en un instant.

Elle me tend une gemme à facettes.
Une lueur rougeâtre pulse à l’intérieur.
Le joyeau est parcouru de minuscules éclats de lumière.
Mon regard plonge dans les profondeurs de la pierre.
Un kaléidoscope d’images naît dans ma mémoire.
Des fragments arrachés à d’autres temps, d’autres époques.
Des visages familiers que je ne reconnais pas.
Des clameurs.
Des rugissements.
Des cris.
Des râles.
Des pleurs.
Le silence.
L’obscurité.

– « Khyrielle ! Khyrielle !»

Je m’arrache avec effort à la contemplation du feu sombre.
J’essaye de me souvenir.
Mes mains se referment sur des ombres.
Je reste là, secouée de frissons, nauséeuse.

– « Qu’est-ce que vous attendez ? Il faut y aller. Nous parlerons lorsque nous serons arrivés au campement.» Grimaud s’impatiente et nous tourne le dos, prêt à prendre la route.

Je regarde autour de moi. Je suis au centre d’un monument en arc de cercle construit en pierres dont la blancheur blesse mes yeux. Deux statues monumentales, un guerrier et une magicienne, dardent leurs regards aveugles sur moi. Elles sont magnifiques, mais la froideur que je lis sur leurs traits finement sculptés est inhumaine. Je me détourne.

Léna m’a attendue. Elle me tend un mince poignard. La lame est effilée mais solide. La garde est taillée d’une seule pièce dans un os soigneusement poli et orné d’un motif runique compliqué.

– « Pour toi. C’est ce que j’ai pu trouver de mieux. Ce n’est pas une arme digne d’une guerrière de la Rune … »
Je l’interromps.
– « Merci Léna. »
Son geste me touche. A sa mise et à celle de son compagnon, je devine que la vie sur ces terres désolées est rude.

Nous nous mettons en route. A peine ai-je fait quelques pas qu’une force impérieuse m’attire vers un monument de taille modeste.
Une pierre carrée, en basalte noir, aux arrêtes vives, de la taille d’un homme, se dresse sur ma droite.
Je laisse ma compagne sur la route, et je prends le sentier qui mène vers l’édifice.
A demi ensevelie sous la végétation, elle est couverte de runes entrelacées.
Je les reconnais.
Je connais la signification de chacune d’entre-elles.
Un sentiment de familiarité et de répulsion m’envahit.
J’inspire profondément.
Je ferme les yeux.
Je pose mes deux mains sur la roche.
La pierre est douce et tiède sous ma peau.
Elle palpite d’une vie secrète et intense.
Je sens son pouvoir circuler dans le réseau qui la parcourt.
Sous mes paupières closes, il brille d’un éclat argenté.

Il s’enroule autour de mes poignets.
Comme une pointe d’acier chauffée à blanc, il pénètre en moi, arrache un infime fragment de mon âme.
La douleur irradie chacun de mes nerfs.
Je me cabre.
Je gémis.
Il relâche son emprise et me libère.
Je m’écarte rapidement.
Quoi qu’il arrive désormais, mon âme est liée à jamais à cette Pierre.
Chaque fois que je mourrai, c’est là que je renaîtrai, tant que je ne me serai pas liée à une autre Pierre des Âmes.

Prête à combattre.

Condamnée à une vie éternelle et à une mort éternelle…

Il en est ainsi de puis la nuit des temps.

A suivre…

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