Chapitre 3 : L’Appel, partie 2/2

Les Chants d'Elenwë, récits roleplay, fan fictions et jeux vidéo :femme epee

 

La  nuit tombe. Des feux follets apparaissent sporadiquement dans les marécages. La route qui mène au campement est escarpée. Mes pieds buttent sur les cailloux. Je trébuche, maladroite, mais, petit à petit, je reprends possession de mon corps engourdi. Combien de temps ai-je dormi dans Les Brumes ? Je m’apprête à interroger Léna quand ils attaquent.

Des Gobelins, vifs, rapides, silencieux. Je ne les ai pas entendus s’approcher. Léna brandit son bâton. Des éclairs de glace jaillissent autour d’elle, emprisonnant nos agresseurs dans une gangue mortelle. Un éclat de lumière s’abat sur eux. Grimaud fait tournoyer sa hache, fendant l’air, faisant craquer les os et jaillir le sang. Je projette mes mains en avant. Je sens mon Pouvoir palpiter en moi et se frayer un chemin dans mes veines. Un des Gobelins s’effondre tétanisé, le visage déformé par un rictus de douleur indicible. Puis soudain, je suis prise dans le ressac, sans aucune énergie, sans mana, incapable de lancer le moindre sortilège, de psalmodier la moindre incantation. Pourquoi m’ont-ils réveillée ? J’assiste perdue, impuissante à leur combat. Je ne leur suis d’aucune aide.

  • « Voilà une bonne chose de faite ! » Grimaud contemple les corps étendus à ses pieds avec un sourire de satisfaction. Puis, il se remet en route sans un regard ni pour nos assaillants, ni pour moi.

–   « Khyrielle ? » La voix de Léna me tire de mes pensées. « Viens, c’est terminé. »Elle me prend la main et me parle comme si j’étais une enfant.

  • « Léna? Combien de temps suis-je restée dans Les Brumes ?»

Tout est tellement confus… Je sens au plus profond de mon être que quelque chose ne va pas. Je devrais être en pleine possession de ma magie, prête à me battre.

–  « Trop longtemps… » Elle hésite. « Il te faudra juste un peu de temps pour te rappeler de tout. Viens, nous sommes presque arrivés. »

Une maigre lumière troue l’obscurité. Quelques tentes délabrées, chichement éclairées par trois flambeaux fumeux se dessinent  au centre d’une petite clairière. Un feu de camp aux braises rougissantes projette des ombres sanglantes sur les toiles tendues sans parvenir à chasser les ténèbres.

Je ne la vois pas, mais je sens la présence d’une Pierre. Je résiste à son attraction. Je veux des explications.

  • « Alors ? Pouvons nous parler maintenant? » Je me tourne vers Grimaud. « Nous sommes arrivés. Qu’attendez-vous de moi ? »
  • « Allez donc parler à Aedar Thalan, le guerrier près du feu. Nous discuterons ensuite. »

Grimaud  me tourne le dos et se dirige vers un groupe d’hommes serrés dans la pénombre d’un abri. Léna lui emboîte le pas en soupirant imperceptiblement.

Je hausse les épaules.

Je me dirige vers un homme de taille moyenne, un peu voûté par l’âge. Ses cheveux argentés sont retenus en queue de cheval par un mince lien en cuir. Il est vêtu d’un pantalon en peau, son haubert est patiné par les ans, bosselé, mais sans aucune trace de rouille, ce qui, dans ce marécage, représente un joli tour de force. Un mince surcôt rapiécé mais propre complète sa tenue. Un glaive pend à la droite de sa ceinture. De l’autre côté, il porte une  petite sacoche en cuir gravé de runes.

Son maintien et sa mise m’inspirent le respect.Je m’incline devant lui.

Il me dévisage. Son regard bleu acier, droit et amical ne me gène pas.

Mes mains tremblent.Je les tends vers les maigres flammes qui s’élèvent du feu.  Je ressens un froid terrible depuis que Grimaud et Léna m’ont éveillée, un froid qui vient de l’intérieur et qui consume mes forces. Mais, je concentre mon attention sur le vieux guerrier en face de moi. Il a perçu ma faiblesse et m’invite à m’assoir.

Il me tend un gobelet en terre rempli d’un liquide aux puissants effluves herbacés. Je me brûle les doigts en le prenant. L’odeur des plantes m’est familière. J’approche la timbale de mes lèvres et je bois prudemment la première gorgée. Le liquide est fortement sucré au miel. Une impression de bien-être et de chaleur ne tarde pas à m’envahir et à me réchauffer. Aedar coupe un morceau de pain noir et épais. Il le partage et m’en donne  la plus grosse part.

  • « Il faut reprendre des forces. Nous parlerons ensuite. » me dit-il en tisonnant les braises pour redonner de la vigueur au feu.

Je lui suis reconnaissante de ce répit qu’il m’accorde. Je me sens à l’aise avec lui : il se préoccupe des autres, il me traite aussi comme un être humain et pas comme un monstre.

  • « Aedar, qui sont ces gens ? » Je désigne d’un léger mouvement de tête les ombres que je devine cachées dans l’ombre de la nuit.
  • « Ce sont des résistants, d’anciens esclaves qui ont échappé aux Orques et aux Trolls. Mirraw Thur était le centre de la traite des esclaves en terre d’Urgath. Cette région a toujours été sous le contrôle des Ténèbres.»

  • Je frissonne. Je n’ose imaginer la vie des ces malheureux captifs de tels maîtres.

    • « Etes-vous le chef de ces gens ? »
  • « Non, reprend-il, ils m’écoutent parfois, bien moins depuis l’arrivée de Grimaud… » Il m’adresse un léger sourire « Et je les comprends. Je suis un vieillard. Ils ont besoin de quelqu’un de plus jeune et de plus vigoureux. »

  • « Pourquoi suis-je là ? » je secoue la tête.  « Pourquoi Grimaud et Léna m’ont-ils appelée ? » Je ne comprends pas la raison de ma présence. « Qu’attendez-vous de moi ? »

  • « Nous avons besoin de votre aide pour lever une armée.»

  • « Ces gens me suivront-ils parce que je suis une guerrière de la Rune?»

  • « Non, Khyrielle. Ils ne suivront que Duhnam et Reowys.» Je le laisse porsuivre sans l’interrompre. Ce sont deux guerriers libre de la Rune. Ils sont arrivés ici après la grande bataille de Fiara. Ils  ont organisé la libération des esclaves, puis fondé la Résistance.»  Son regard se perd dans l’obscurité.

  • « Que s’est-il passé ensuite ? »

  • « Nous n’en savons rien. Ils sont partis vers le Sud et ils ont disparu. Le dernier à leur avoir parlé est leur ami Willit. » Il fait signe à une mince silhouette qui s’avance.

  • Un Skerg. Je le regarde avancer vers nous. Il a la taille d’un enfant humain, une démarche légèrement sautillante, une peau pâle qui tire vers le bleu. Les Skergs et les Tar-Skergs, je m’en souviens, font partie des premiers habitants du continent des Ténèbres. C’est un peuple courageux et travailleur qui voue un culte à la nature et dont les guérisseurs sont réputés au-delà des frontières même de ces terres. C’est un peuple pacifique qui est parvenu à conserver sa liberté en se cachant.

    Le petit être devant moi m’arrive à la taille. Je me baisse pour être à sa hauteur. Il me regarde droit dans les yeux. Je n’y lis aucune crainte, aucune répulsion de ce que je suis. J’y lis seulement la compassion, la tristesse et l’inquiétude.

    Il commence son récit d’une voix douce, musicale. Il parle vite, trop vite et j’ai du mal à le comprendre.

    • « Willit, s’il vous plaît, calmez-vous, expliquez-moi à nouveau. Pourquoi Duhnam est-il parti en colère ? » Son angoisse est perceptible.
  • « Dunham parti en rage. En rage contre tout le monde. Contre Aedar.Contre Willit. Contre Réowys. J’ai essayé de le suivre, de l’arrêter, mais Dunham a chassé Willit. Alors Réowys a demandé à Willit de rentrer près d’Aedar et il est parti derrière Dunham, à travers le Portail.» Ses derniers mots s’étranglent dans un sanglot vite maîtrisé. Sa peine est immense.

  • Je pose ma main sur son épaule. Il est tétanisé mais il ne cherche pas à éviter mon contact.

    • « Willit, vous n’y êtes pour rien. »

    Il secoue la tête. Je reprends. J’insiste.

    • « Vous n’êtes certainement pas la cause de la colère de Dunham, ni la cause de la disparition de Réowys. Je vais partir à leur recherche. Je ferai tout mon possible pour les retrouver et pour savoir ce qu’il leur est arrivé, à tous les deux. Je partirai à l’aube. »

    Je me redresse. Je le  regarde s’éloigner à grand renfort de hochements de tête. Le vieux guerrier se redresse et soupire légèrement.

    • « Vous pouvez dormir ici. » Il me désigne le feu de camp. « Vous êtes en sécurité ici. Que la Lumière d’Aonir veille sur vous. »

    Je m’allonge dans le cercle de lumière et je m’endors rapidement, les doigts crispés sur la garde de mon poignard. »

    A suivre..

    © Cenwen

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