Chapitre 7 : Les Rocs de la Tourmente, partie 4

Les Chants d'Elenwë, récits roleplay, fan fictions et jeux vidéo forêt

 

Les premières lueurs de l’aube n’esquissent encore aucune ombre dans les broussailles devant la caverne  quand je réveille mes compagnons.

Kerris et Selig, les deux Skergs qui escortent Jannina doivent nous conduire à leur village caché dans la vallée. C’est au prix de d’une présence quasi clandestine sur ces terres dont ils sont pourtant les premiers habitants, que ce peuple a pu survivre.

Je veux partir tôt, ne pas rester en place au risque de nous faire repérer. Les abris sont peu nombreux et certainement tous connus des Hommes-Chats. Rester ici  plus longtemps nous fait courir trop de risques.

Nous plions le camp en silence, ramassant nos affaires tout en mangeant quelques fruits séchés. Nous nous passons une gourde d’eau fraîche que Grimaud a ramenée de son expédition de protection des Skergs.

Leur village est à une petite journée environ de la grotte où nous avons trouvé refuge pour la nuit. Ils vont nous y mener par des chemins détournés. Nous allons essayer d’éviter les patrouilles khitares. Pourtant, j’ai un mauvais pressentiment.

Nous progressons rapidement, toujours en silence, débusquant parfois une bête sauvage qui fuit dans un bruissement d’herbes ou de feuilles devant notre approche. Nous sommes tendus. Nous empruntons des sentes  boisées abritées sous des frondaisons centenaires. Les premiers rayons du soleil traversent le faîte des arbres et dessinent des bancs de lumière obliques où tournoient des insectes. Des oiseaux lancent  des trilles où les notes aigües répondent aux notes plus graves. La magie de la terre coule à flot dans cet endroit.

Kerris se retourne vers moi et m’indique que dans quelques instants, nous arriverons à une clairière où coule un ruisseau et dans laquelle, nous pourrons faire une halte et reprendre des forces. Jannina pousse un léger soupir. Les cernes noirs sous ses yeux se sont creusés. Elle lutte en permanence pour imposer un contrôle à la chose qui essaye de s’emparer d’elle. Elle est épuisée, et la marche forcée à laquelle nous nous soumettons use ses forces.

Le silence soudain nous donne l’alerte. Je demande à nos guides de rebrousser chemin jusqu’au dernier embranchement et de se mettre à l’abri en compagnie de Jannina.

Nous approchons le plus discrètement possible de la clairière. Un groupe de Khitars campe près du ruisseau. Notre attaque est rapide, brutale, imparable. Il ne nous faut que quelques instants pour éliminer nos adversaires. Nous avons eu le bénéfice de la surprise. Les Hommes-Chats n’ont pas pu venir au corps à corps, art du combat dans lequel ils excellent.

Grimaud et moi, nous nous occupons d’éloigner et de cacher les corps, le temps pour Léna de ramener nos compagnons.

Je n’aime pas ça. Cette patrouille est à moins d’une demi-journée du village. C’est près, beaucoup trop près pour que ce soit une coïncidence. Je garde cependant mes pensées pour moi. Mais à la mine assombrie de Grimaud, je sais qu’il a tiré les mêmes conclusions.

Malgré l’état de fatigue de Jannina, je décide de ne faire qu’une courte halte dans la clairière. Le temps pour elle de reprendre quelques forces. Je partage mes rations avec Kerris et Selig. Léna propose une portion des siennes à Jannina qui refuse. Grimaud intervient et l’encourage à se nourrir. Il lui sourit, lui tend la gourde qu’il vient de remplir. Je découvre qu’il sait se monter courtois et agréable quand il s’en donne la peine. Je le vois échanger un clin d’œil complice avec Léna. Jannina se laisse convaincre d’avaler quelques bouchées de pain. C’est déjà ça.

Je me risque à allumer un petit feu à l’abri du vent, entre quelques pierres plates. Quelques brindilles feront l’affaire. Je ne veux que faire chauffer un peu d’eau. Dans les herbes médicinales données par Aedar Thalan,  j’ai reconnu celles  qui composaient le mélange qu’il m’a offert pour me réchauffer et me redonner des forces après mon Eveil : des feuilles de thé noir, des baies séchées d’argousier et de myrtilles, des fleurs de frênes odorantes, si caractéristiques avec leurs quatre pétales blancs légèrement allongés. Je jette rapidement les plantes dans l’eau bouillante et je laisse infuser. J’oblige chacun de nous à boire cette infusion. Léna manque de s’étrangler. Je goûte. Je grimace immédiatement. Rien ne vient adoucir l’âcreté du breuvage que j’ai préparé, et je comprends mieux pourquoi le vieux guerrier avait mis tant de miel dans ma tasse. Pourtant, même amère, l’infusion a  l’effet escompté et chasse la fatigue de nos corps. Grimaud éteint le feu et disperse les cendres. Nous reprenons notre route, bien décidés à ne pas passer une nouvelle nuit dehors.

 

Les chemins que nous empruntons sont de plus en plus dissimulés dans la végétation et sans l’aide de nos guides nous ne serions pas parvenus à trouver le village. Blotti au creux d’une vallée ombragée, parcouru par une rivière limpide où on peut compter les galets et les poissons, protégé des intrusions par d’immenses portails de pierre,  le hameau ne compte guère plus d’une vingtaine de feux.

Je sens la présence d’une Pierre. Elle m’attire comme un aimant. Je sacrifie rapidement au rituel qui liera mon âme à ce lieu,  puis, je me rends au centre du hameau, où mes compagnons m’attendent en compagnie d’un Skerg  d’âge vénérable.

Il est vêtu d’une tunique bleue turquoise dont le col est brodé de motifs  végétaux entrelacés.  Dans la main droite,  il tient un bâton noueux et patiné par le temps. De loin, je le prends pour un bâton de magicien. Je me trompe. C’est simplement une canne. Je me rendrai vite compte que le petit être devant moi n’a nul besoin de symbole d’autorité ou d’artéfact pour se faire respecter ou mettre en œuvre sa magie.

Je m’incline profondément devant lui et je me présente. Il m’invite à entrer avec lui dans sa maison. Je me baisse pour franchir le seuil. Il ne perd pas de temps et va droit au but.

-« Vous amener Jannina. Vous remercier. »

-« Pouvez-vous la sauver Vénérable ? »

Il me regarde longuement. Il sait que je sais, même si je ne veux pas l’entendre.

-« Non, Hulu  ne peut pas la sauver. Trop puissant est l’esprit qui enserre son âme. Hulu  peut seulement aider. Seul celui qui place la malédiction sur elle peut la retirer. »

-« Dunham. »

-« Oui, lui. Mais démence possède son âme. Alors, seul Setrius  peut encore aider vous. »

-« Merci Vénérable… »

-« Hulu. » me coupe-t-il avec un sourire.

Je lui rends et je reprends :

-« Où puis-je trouver Setrius, Hulu ? »

-« Village de Setrius tout en haut, près du col. Mais chemin très dangereux pour aller là-haut. Vous devoir attendre. Vous accepter hospitalité de Skergs. Vous devoir lever une armée pour aider vous. Vous pouvoir utiliser bâtiments à nous.»

-« Merci Hulu, merci pour votre aide et votre générosité. »

-« Etre peu Khyrielle, vous amener Jannina saine et sauve. Elle amie de Skergs. Vous bienvenue chez Hulu. »

Je prends congé.  Je sors de la demeure du guérisseur. Au centre du village, Léna et Grimaud discutent. Je ne vois pas Jannina, mais j’imagine que Keris et Selig l’ont conduite dans une des maisons pour qu’elle se repose.

Je m’éclipse.

Je sors du village.

Je me laisse guider par le Monument.

Comme la Pierre des Ames, il m’attire à lui. Je le trouve rapidement. Il est sur une petite colline à quelques pas du village. Un sorcier orque armé d’une épée et d’un bouclier trône au centre d’un cercle de pierre noire aux veines bleues. Je procède au rituel d’invocation. C’est un acte que je préfère accomplir en dehors de toute présence humaine.

Un rapide éclat mauve pulse et se propage en cercles concentriques tout autour de moi. Un rayon de lumière blanche intense émane des yeux de la statue. Le voile qui sépare le monde des vivants et celui des Brumes se déchire. Un à un, ils franchissent le Portail. Je les ai invoqués. La Rune les a appelés et soumis à ma volonté. Ils ont répondu à mon Appel. Ils sont  mes serviteurs.

Ils se mettent au travail. Chacun d’eux sait exactement ce qu’il doit faire. Quand tout sera prêt, dans quelques temps, je convoquerai mon armée.

A suivre…

© Cenwen

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