Prologue : La Geste du Dragon de l’Hiver

La chanson de Cenwen

La Geste du Dragon de l’Hiver

La jeune femme posa délicatement sa harpe au sol. Elle tendit ses mains vers le feu qui brûlait haut et clair au centre de la clairière.

-« Elenwë, s’il te plait, ne t’arrête pas, raconte  encore ! » Anar la dévorait des yeux. Soleil. Le petit garçon portait bien son prénom. Elle était incapable de résister à son sourire lumineux et à son regard sans cesse émerveillé.
-« Quelle histoire veux-tu que je raconte petit feu follet » lui répondit-elle avec un clin d’œil. Elle savait exactement quelle était sa chanson préférée.
-« Celle d’Aryn, le Dragon de l’Hiver, tu sais bien. »
-« Oui, je sais bien, mais je voulais être sûre que c’était bien celle-là que tu voulais entendre. » Elle se mit à rire doucement en voyant l’enfant courir dans la clairière en appelant ses compagnons de voyage.

Quelques lunes auparavant, elle avait rejoint un groupe de marchands nomades. Elle avait décidé de poursuivre sa route en leur compagnie plutôt que d’affronter seule les dangers de ces terres reprises depuis peu aux bandits. Elle les avait rejoint aux abords de Liannon et les accompagnerait encore un moment. Elle voulait rejoindre Mulandir et explorer La Grande Bibliothèque, ouverte à nouveau depuis peu.

Elle attendit que tous soient installés confortablement autour du feu.  Elle releva la tête, fit passer la lourde masse de ses longs cheveux roux bouclés sur son épaule. Seul le crépitement des flammes troublait  le silence de la nuit. Elle plaqua quelques accords légers sur son instrument. Sa voix s’éleva, basse, légèrement voilée.

-« Il y a bien longtemps, bien avant la naissance des Hommes, quand les Dieux d’Eo n’étaient encore que des enfants, et que les Elfes commençaient à peine à arpenter ce monde, les dragons régnaient sur Fiara. Ils étaient superbes et terrifiants, libres comme l’air, sauvages et indomptables comme la tempête. Il s’élançaient dans les cieux, déployant leurs ailes immenses et leurs ombres assombrissaient des vallées entières et couvraient de nuit les montagnes. Certains se paraient de toutes les nuances de vert comme la nature à la Saison du Renouveau. D’autres étaient dorés comme les blés murs à la Saison des Récoltes. D’autres encore étaient de la couleur des feuilles juste avant qu’elles ne tombent et annoncent la Saison des Longues Nuits. Ils jouaient dans les airs, s’accouplaient dans les vallons ensoleillés, dormaient à l’abri de forêts impénétrables et leurs chants berçaient l’enfance de ce monde. »

Elle fit une courte pause. Son auditoire retenait son souffle.

-« C’est alors que naquit un dragon différents de tous les autres. C’était le dragon le plus puissant qui ait jamais vu le jour. Il était gigantesque.  Ses écailles étaient du blanc le plus pur. Ses yeux étaient  gris bleus, clairs et froids comme un ciel d’hiver, et son souffle était plus glacial encore que les neiges éternelles. Il était l’essence même de l’Hiver. Les siens l’appelèrent Aryn, ce qui signifie Le Tisseur de Givre dans la langue des Anciens. Autour de lui, le monde se couvrait de glace. Même ses frères et ses sœurs fuyaient sa présence.
Il était seul et cette solitude dévorait son âme, car elle était à la mesure de sa puissance. Le froid et la mort étaient ses seuls compagnons. Nul être vivant ne pouvait survivre en sa présence.Un jour, il s’élança d’une aire située très loin au dessus de Godmark, près de la demeure même des Dieux. Il se mit à parcourir le monde à la recherche d’une présence amie. Tous le fuyaient et plus il cherchait, plus il semait la désolation. S’il poursuivait sa quête, Fiara toute entière finirait sous les glaces, figée dans un perpétuel hiver, mais il ne voulait pas y mettre fin. »

Elle secoua la tête, déplaça une mèche de cheveux tombée devant son visage et reprit son récit dans un silence qui s’était encore intensifié.

Les années passaient. Sa solitude grandissait jour après jour, et la désolation s’installait sur le monde. Il arriva aux confins des terres des Elfes, aux  limites d’une immense forêt au sud de Fiara, un lieu connu sous le nom de Finon Mir. Les Elfes étaient alors une race très jeune, mais ils cherchèrent un moyen d’arrêter Aryn, de l’empêcher de détruire leur domaine. Ils ignoraient tout de sa quête. Ils ne voulaient pas mourir. Comprenant que nul d’entre–eux n’avait la puissance nécessaire pour le combattre, ils en appelèrent aux Dieux. Mais les Dieux restèrent muets. Il ne restait aux Elfes que le choix de fuir s’ils voulaient survivre. Quand les premiers flocons de neige commencèrent à tomber entre les feuilles ils entamèrent leur exil vers le sud.

Elle était la Première Née. Elle régnait avec quatre autres  sur le peuple Elfe. Elle s’appelait Cenwen. Elle refusa de fuir. Elle seule osa l’affronter. Elle se précipita à la rencontre du dragon. Plus elle avançait vers Aryn et plus le froid devenait intense. Autour d’elle, il n’y avait que la glace et la mort. Bientôt, elle sentit sa conscience fléchir. Pour ne pas sombrer dans un sommeil mortel, elle se mit à chanter. Elle chanta l’espoir, la chaleur et la douceur  comme bien des générations l’avaient fait autour des feux de camps à Finon Mir.

Entendant sa voix, Aryn  descendit du ciel. Il se posa à côté d’elle. Il pencha la tête.  La reine elfe était agenouillée dans la neige. Ses forces l’abandonnaient, mais elle poursuivait sa chanson, ultime rempart contre le froid et la nuit éternelle. Pourtant, elle se redressa. Elle regarda Aryn droit dans les yeux, affrontant son regard glacé. Elle s’adressa à lui :

«Ô puissant dragon, écoute-moi ! Écoute-moi, émissaire du froid et porteur de mort ! Ta présence tue toute vie et plonge le monde dans un éternel hiver. Bientôt la forêt qui nous abrite sera transformée en glace sous le coup de tes puissantes ailes et mon peuple va périr. Que veux-tu ? Qu’est-ce qui peut détourner ta course et sauver mon peuple ? »

Le dragon était subjugué par sa beauté et son courage. Il se redressa et lui rendit son regard.

«Saches, enfant de la forêt que je cherche depuis le commencement de ma vie, un égal, un ami. Je sais la souffrance et la douleur que mes voyages font peser sur ce monde, mais ton courage m’a ouvert les yeux – détruire les autres ne mettra pas fin à mon fardeau. Je vais retourner chez moi et attendre, attendre dans les montagnes solitaires, attendre la fin des temps. Ton peuple vivra mais il y a une chose que je demande. Tu es la première et la seule à t’être approchée de moi et ton chant a touché mon cœur. Accompagne-moi et chante ta douce chanson pour nous et les tiens seront épargnés ! »

Cenwen posa sa main sur le cou du dragon et caressa ses écailles de givre avec une infinie douceur.

«Je t’appartiens, Tisseur de givre. Emmène-moi au nord et je réchaufferai nos cœurs avec l’espoir aussi longtemps que je vivrai. Mais épargne mon peuple ! »

À peine avait-elle prononcé ces mots que le dragon l’enleva dans les airs.

« Qu’il en soit ainsi ! Si ton peuple est aussi brave que toi, vous méritez bien de vivre. S’il advient que les tiens aient des ennuis, qu’ils m’appellent et je mettrai mon pouvoir à leur service. Cela fera partie de notre pacte, comme je prends, je donne. Le froid sera sans pouvoir sur eux et le pouvoir de la glace sera leur tant qu’ils conserveront ton souvenir. »
Ils partirent vers le nord, vers les montagnes désolées au-delà des pics de Grimwarg. Ils s’y installèrent et tandis que Cenwen chantait, le dragon créa un manteau de glace qui les protégerait tout deux du monde et protégerait le monde de son pouvoir jusqu’à la fin des temps. »

Pendant son récit Anar s’était rapproché d’Elenwë. Le petit garçon était planté devant elle, suspendu à ses mots.
-« Dis Elenwë, tu les as vus au cours de tes voyages ? Tu crois qu’elle chante encore ? »
-« Je suis allée jusqu’aux limites des terres connues. Je suis allée jusqu’au Glacier qu’on nomme Tisseur de Givre en souvenir du Pacte qui lie Aryn aux Elfes de l’Hiver. Je voulais savoir si les histoires que j’avais entendues racontées par les nains étaient vraies. »

-« Alors ? »

Elle sourit au petit garçon.

-« Tu le sauras plus tard. Le voyage n’est pas terminé. Il est temps d’aller dormir je crois. »

Il lui sauta au cou et l’embrassa.

-« Bonne nuit Elenwë ! »
-« Bonne nuit Anar. Fais de jolis rêves. »

Elle s’absorba dans la contemplation des  dernières flammes du feu de camp.

Dans son âme s’éleva l’écho d’un chant elfique très ancien…

Important :

Je me suis basée sur le texte du site Source : Spellforce Officiel pour rédiger mon prologue. J’ai essayé de ne pas faire une copie, mais d’introduire mon propre univers.

Mon  vrai récit commence mille ans après…

A suivre…

© Cenwen

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