Chapitre 16 : [Les Chants d’Elenwë] les Larmes de sang, partie 5

Les Chants d'Elenwë, récits roleplay, fan fictions et jeux vidéo  : elfe

 

Il restait à Khyrielle une tâche à accomplir dans le Surmonde. D’une pensée, elle les entraina avec elle. Sans surprise elle prit pied dans une petite demeure aux pierres douces et blanches que la lumière nimbait de reflets dorés. Un tapis épais où jouaient des dragons multicolores couvrait le dallage et un banc au dossier sculpté faisait face à la cheminée. Elle sourit intérieurement. Elle avait amené avec elle, dans son esprit une représentation du seul endroit où elle s’était sentie en sécurité et pleinement acceptée, la maison de Naman et de Hulu. Quant au tapis, la mosaïque de l’Abbaye d’Aonir avait eu un tel impact sur elle, qu’elle n’était guère surprise de la trouver là.

Dunham s’était laissé tomber sur le banc, le visage entre les mains, les épaules  secouées par les sanglots qu’il s’efforçait de contenir. Léna se tenait derrière lui, désemparée. Les deux magiciennes échangèrent un long regard. Nul mot n’était nécessaire. Leurs esprits étaient liés et ouverts l’un à l’autre. Leur amitié et les dangers affrontés les avaient amenées à cet instant où leurs pensées ne faisait plus qu’une, où Léna, n’écoutant que son courage avait enfreint les règles des Prêtresses pour porter secours à Khyrielle. Une vague d’émotion les envahit. Elles savaient que leur amitié résisterait à tout et durerait par delà la vie et la mort. Avec difficulté,  elles rompirent le lien qui les unissait. Khyrielle  avait perçu l’épuisement de sa compagne. Il fallait que Léna regagne au plus vite le monde réel. Elle avait confié leurs deux corps à Aédar Thalan, et elle savait que toutes deux étaient en sécurité sous sa garde, mais Léna était épuisée et se maintenir dans le Surmonde était en train de drainer ses forces vitales.

« Reviens vite ! » lui souffla Léna en se dissipant pour regagner son enveloppe terrestre.

Khyrielle s’agenouilla devant Dunham et prit ses mains entre les siennes, lui insufflant son calme pour l’aider à reprendre ses esprits. Elle avait besoin de savoir s’il l’acceptait désormais comme sa Gardienne, s’il acceptait enfin de se soumettre à sa volonté. Elle aurait souhaité lui laisser le temps de se reprendre, mais elle ne l’avait pas.

Elle se releva et obligea le jeune guerrier à en faire autant. La peine et la souffrance qui l’étreignaient l’avaient vaincu. Il ne lui opposa aucune résistance.

« Tu sais que je peux le faire, » Khyrielle laissa planer un court silence « mais je ne le ferai que si tu le veux vraiment.»

« Fais-le ! Vite ! Tant que nous sommes ici… » Sa voix s’étrangla. « Ca vaut mieux, pour nous tous… »

La magicienne respira lentement. Elle ferma les yeux un court instant. Quand elle les rouvrit, elle était prête.

Elle plongea son regard violet dans celui du jeune homme, laissant son esprit envahir doucement le sien. Elle se barricada mentalement contre sa douleur et ses remords. Un à un, elle dénoua les fils qui tissaient sa vie, effaçant chacun de ses souvenirs, remontant le cours de ses pensées, ôtant de sa mémoire tout ce qui l’avait conduit au déchainement de violence et de folie qui avait brisé tant de vies et mis à feu et à sang les Rocs de la Tourmente.

Son cœur se serra quand elle vit Jannina comme elle ne l’avait jamais vue, adolescente, le front ceint d’une couronne de fleurs, ses longs cheveux blonds volant autour d’elle alors qu’elle virevoltait, le souffle court, les joues rosies par le plaisir de la danse entre Setrius et Dunham.

Elle la vit se précipiter, alors que Dunham se jetait l’épée à la main, fou de jalousie, pour tuer son frère. Elle vit la longue robe blanche se teinter de rouge alors que la jeune femme s’effondrait lentement entre les bras de son compagnon.

Elle entendit le cri de rage de Dunham faire écho à la plainte rauque de douleur de Setrius.

Elle vacilla un instant, submergée par sa propre peine. Les souvenirs du guerrier se mêlaient à présent aux siens. Le pommeau de l’épée s’abattant sur la tempe de Naman, mettant fin à ses jours… La lutte acharnée des Orques Invoqués contre les Kithars dans le camp fortifié… Le hululement strident de la larve éthérique  libérée par la seconde mort de Jannina…La propre mort de Dunham terrassé par l’entité maléfique que le rituel innommable avait crée…Le cercle se refermait, emprisonnant la mémoire du jeune homme dans la rune de la magicienne. Il ne serait désormais plus qu’un outil docile aux ordres de sa volonté.

Elle se sentit soudain arrachée au Surmonde par la voix de Léna. L’urgence contenue dans ses appels la fit réintégrer son corps. Elle en reprit possession avec douleur, la respiration haletante comme après un plongeon dans une eau noire et glacée.

« Les Elfes ! Elles ont lancé une attaque contre le campement ! Vite ! »

Elle sortit en titubant de la tente, le corps transi et ankylosé d’être resté si longtemps immobile et privé de conscience. Elle rassembla ses dernières forces pour lancer ses incantations, modelant de ses doigts glacés les boules d’énergie négatives qui faucheraient les assaillantes dans leur élan.

Les Forestiers les avaient maintenues à distance, lançant leurs flèches dans un tir de barrage ininterrompu, permettant à Grimaud et Aédar de se porter, avec quelques hommes au corps à corps.

Les Elfes de Glace reculaient peu à peu, laissant les corps de leurs sœurs d’arme derrière elles. L’intervention de Khyrielle leur asséna le coup de grâce. Avec un soupir d’épuisement, elle s’adossa au tronc d’un sapin plusieurs fois centenaire, laissant les deux guerriers et Léna la rejoindre.

« Depuis quand sommes nous en guerre contre les Elfes de Glace ? » Elle fixait alternativement ses trois compagnons. « Est-ce que l’un d’entre vous va enfin se décider à me dire ce qui se passe ? »

« Tu te souviens de la Geste du Dragon de l’Hiver ? » lui demanda la jeune femme.

« Oui» Khyrielle laissa passer un court silence avant de  réciter le cœur de la légende.

« …Aryn…Le Dragon de l’Hiver, que d’aucuns appellent Le Tisseur de Givre. Lorsque ces terres étaient encore jeunes et que les premiers enfants des Dieux arpentaient Eo, les dragons dominaient les cieux. C’est alors que naquit Aryn, le plus puissant d’entre-eux. Il était l’essence même de l’Hiver. Partout où il allait, la terre se transformait en glace. Il parcourait le monde entier à la recherche d’un compagnon, d’une créature égale à sa grandeur, mais la vie s’éteignait au contact du froid qui émanait de lui.

Lorsque le souffle glacé d’Aryn atteignit Finon Mir, la grande forêt des Elfes, comprenant que même les Dieux ne pourraient rien pour eux, les Elfes s’enfuirent. Seule Cenwen, Première Née et Reine des Elfes marcha vers lui pour l’implorer d’épargner les siens.

Seule au cœur des terres glacées, alors que ses forces l’abandonnaient et qu’elle se sentait mourir, elle chantait pour se donner du courage.

Loin, au delà des nuages, le Dragon entendit son chant. Il se posa sur terre pour l’écouter. Ses notes réchauffèrent son cœur éternellement glacé et il demanda à la Reine de le rejoindre et de rester à tout jamais avec lui à ses côtés. Elle accepta. Ainsi, il enleva Cenwen et l’emporta vers son antre, au cœur des terres du Nord. Il tissa autour d’eux une épaisse carapace de glace que nous appelons aujourd’hui Le Gouffre du Tisseur de Givre.

Depuis lors, dans les profondeurs de la glace, Cenwen chante pour le Dragon endormi. En compensation de son sacrifice, les Elfes reçurent le Don de la Magie de la Glace, et le monde connut un nouveau Printemps. »

-« Au final, nous devons à Cenwen l’existence des peuples que nous connaissons. Sans elle, la vie sur Eo aurait succombé au froid éternel de l’hiver. » Compléta Aédar Thalan.

Grimaud interrompit le vieux guerrier.

« Le Pacte a été rompu. Il y a quelques lunes, Cenwen a été enlevée et Aryn s’est mis à sa recherche. » .

« Ca n’a aucun sens ! Qui aurait intérêt à déclencher un hiver éternel sur Eo ? Rien ne pourrait survivre à la course d’Aryn… »

« Et pourtant si » reprit-il. « Les Elfes pourraient survivre à cet hiver éternel, justement à cause du Pacte… »

« Elles maitrisent parfaitement la Magie de la Glace. Elles défendent avec une grande férocité le Gouffre et leurs lieux sacrés. On raconte qu’elles ne sont plus guère des Servantes de la Lumière. Certains disent même qu’elles ont défié L’Elue, la guerrière de la Rune choisie par Rohen,  lors de la grande bataille de Fiara. »

Khyrielle se tourna vers Aédar.

« Ainsi vous les croyez dangereuses… »

«  Je pense que la puissance peut corrompre l’esprit…mais je ne peux imaginer un elfe malveillant, si c’est à cela que vous pensez. »

« Je n’arrive pas à y croire. » La frustration de Léna était palpable.

-« Et pourtant, » reprit Grimaud, « Tout laisse à penser que ce sont les Elfes de Glace qui ont enlevé Cenwen. Elles seules pouvaient accéder au Gouffre Tisseur de Givre. Elles seules pouvaient parcourir les montagnes et amener la Reine jusqu’ici. »

-« Cenwen est ici, en Urgath ? L’incrédulité perçait dans la voix de la magicienne.

  • « Elle est à ici, à Mirraw Tur, dans ancien sanctuaire des elfes. Tu comprends pourquoi nous t’avons éveillée, pourquoi nous avons tellement besoin que tu nous ramène Dunham et Réowys. Nous avons besoin d’eux pour mener l’attaque et la délivrer. »

A suivre…

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