Chapitre 17 : Le Marais des Echos, partie 1

Les Chants d'Elenwë, récits roleplay, fan fictions et jeux vidéo  :  sorcière

 

Bien qu’immortelle  j’ai des limites physiques. Mes deux longs séjours dans le Surmonde et cette dernière escarmouche ont eu raison de ma résistance. Une migraine abominable vrille mes tempes. Je suis secouée de frissons et de nausées. Je me suis écroulée près du feu de camp à demi éteint, laissant le soin à Grimaud et un groupe de Forestiers de déposer les corps des archères elfes tuées pendant l’assaut  à l’orée de la forêt afin de permettre à leurs sœurs de célébrer leurs rites funéraires.  Pourtant, je sais que je ne peux pas rester là. Que j’aie ou non repris des forces, dès que Grimaud sera revenu, nous franchirons le Portail à la recherche de Réowys.

Je ferme les yeux un court instant. Une myriade d’étoiles rouges et d’éclairs violets explose derrière mes paupières fermées. J’étouffe un gémissement de douleur.

« Tenez, ça ne calmera pas la douleur, mais au moins, ça chassera la fatigue. » La guérisseuse qui s’est déjà occupée de nos blessés,  me tend une chope fumante, l’infusion qu’Aédar m’a déjà offerte à mon Réveil. Composée d’une multitude d’herbes et de baies, fortement sucrée au miel, elle est généralement donnée avant et après les batailles, permettant aux hommes de combattre plus longtemps, de récupérer plus vite, mais je ne suis pas sûre de pouvoir l’avaler et encore moins la garder. Je bois par petites gorgées, laissant la chaleur du breuvage m’envahir, profitant de ces quelques moments de répit qui me sont accordés.

J’essaye de réfléchir aux implications des révélations de mes trois compagnons d’arme.

Cenwen, la Reine Elfe a été enlevée et Aryn, Le Tisseur de Givre, le Dragon, son compagnon, s’est réveillé et a commencé à parcourir les airs à sa recherche. Il faudra faire vite désormais, ou notre monde déjà ravagé par la Guerre de la Convocation finira par succomber à un hiver éternel.

Je me lève avec difficulté. Je vais chercher mon sac et ma cape sous la tente.

« Tu es prête ? »

Léna est si pâle qu’elle en semble transparente dans la lumière qui décroit. Elle est sans doute encore plus épuisée que moi. Elle n’a pas été formée à évoluer dans le Surmonde. Elle l’a fait pour moi, pour me venir en aide. Je l’enlace un court instant, lui transférant ce qui me reste d’énergie et de chaleur. Je prends sa main glacée dans la mienne. Je croise nos avant-bras. Nos esprits ont été si proches que certains mots sont devenus inutiles.

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La vallée s’ouvre devant nous en une cuvette aux courbes douces. Un petit sentier pavé de cailloux blanc serpente doucement vers un groupe de grands pins élancés. L’herbe ondule sous le souffle délicat d’une brise légère et parfumée. Dans le ciel, les couleurs se mélangent et se confondent pour laisser place à un camaïeu de violets intenses et de bleus presque noirs. La nuit tombe et le silence peu à peu fait taire les grillons et les cigales. Je m’attarde un instant près du Portail, sacrifiant au rituel de liaison à la Pierre des Ames.

-« Réowys ! »

Le cri de joie de Léna me tire de ma léthargie. Elle court au devant d’un homme d’une quarantaine d’années, grand, blond, vêtu de cuir brun.

-« Léna ! Ne t’approche pas ! » L’urgence contenue dans sa voix me fait hâter le pas. «Fuis, éloigne-toi vite ! »

-« Mais, ne sommes nous pas amis ?! »

La mise en garde de Réowys ne freine pas Léna. Je pose ma main sur son poignet et je l’empêche d’avancer. Elle ne l’a pas vu, mais moi, si. La main de Réowys est crispée sur le fût de son arbalète et la lueur d’égarement que je lis dans son regard m’incite à la prudence.

-« Amis ou pas, Whorim Le Noir m’a volé ma rune ! Je suis désormais son esclave ! »

-« Whorim ! Ce rat fangeux ! » La colère de Léna est palpable. Elle se tourne vers moi. « Ce magicien crapuleux s’est ligué aux Orques. »

Je porte machinalement ma main à ma gorge. Elle est là. Ma Rune palpite comme un second cœur. Le Cercle nous a crée, nous sommes ses instruments. Certains d’entre nous ont eu pu lui échapper, et rien ne peut être pire que d’avoir retrouvé la liberté de nos pensées et de nos actes pour ensuite retomber entre ses mains, ou entre celles d’êtres prêts à tout pour assouvir leurs désirs quels qu’ils soient.

-« Nous lui reprendrons ta Rune, Réowys, je t’en fais la promesse ! »

-« Quelle est la situation ? » Je veux savoir à quoi m’attendre. Le temps presse. Et Réowys peut nous aider.

-« Ca ne sera pas facile. Les Orques gardent les basses terres. Le campement de Whorim se trouve parmi les rochers, loin à l’est. Vous devrez traverser le lit de la rivière asséchée et… »

Venue de nulle part, la voix de Whorim résonne à travers la vallée. La Voix de Commandement ! Seuls quelques individus savent la maitriser. En utilisant certaines harmoniques, cette faculté permet d’influer sur les centres nerveux d’un être humain et d’obtenir son obéissance à des ordres brefs. C’est brutal et odieux. Posséder la Rune de Réowys ne lui suffit donc pas ?

-« Qui êtes-vous ? »

« Meras Relarbarm! »  Je lance une de mes auras de protection. Je tisse mon sort, concentrant ma volonté pour ne pas me soumettre.

-« Tu es mon serviteur, Guerrier de la Rune ! Comment oses-tu ? Tues-la, je te l’ordonne ! »

Ses yeux s’obscurcissent. Son visage se crispe. Son corps se raidit. Il lutte de toutes ses forces contre la volonté qui submerge la sienne, mais nous sentons son esprit vaciller et perdre le combat.

-« A vos ordres. » Sa voix a perdu tout son timbre. Il pointe son arbalète vers Léna. Son doigt se pose sur la détente.

Nous sommes prêts.

Simultanément nous lançons nos sorts. Un éclair de glace fige Réowys sur place, tandis que Grimaud et moi-même le foudroyons de notre sort le plus terrible. Nous devons le tuer, nul besoin de le faire souffrir.

Il s’effondre comme une poupée de chiffons. Son cri de révolte contre Whorim vibre dans mon esprit.

-« Rends-moi ma Rune ! »

Les Orques sont désormais prévenus de notre présence. Les derniers mots de Whorim les ont appelés à nous pourchasser et à nous exterminer. Nous allons devoir avancer à couvert, seuls, sans le secours de mon armée runique. Impossible pour moi de l’appeler avant d’avoir repéré la position des différents camps des alliés du magicien noir. Le Monument d’Invocation est situé sur une falaise qui se jette dans le vide. Deux routes principales mènent à lui. Il est complètement à découvert, sans aucune protection. En cas d’attaque, nous serions incapables de le défendre.

Il nous faudra avancer coûte que coûte et éliminer tout ce qui se dressera sur notre passage.

Nous profitons de la nuit pour explorer la clairière. Au nord, un campement orque gardé par de solides palissades et quatre tours grégeoises se dresse à quelques lieues du Monument. Nous évitons de justesse une patrouille qui mène une ronde dans le bosquet. Je n’aime pas ce que je vois. Les Grargs sont des guerriers redoutables, secondés d’incendiaires, de sorciers spécialisés dans la magie du feu. A trois, sans renfort, nous n’aurons aucune chance de passer. D’un commun accord, nous évitons le combat. Nous nous replions en silence pour nous diriger vers l’est.

L’aube se lève doucement. Il nous devient de plus en plus difficile de progresser discrètement. Nous avançons désormais sur une route principale dallée de larges pierres plates et grises, bordée de colonnes écroulées et de murs effondrés. Aucun endroit où nous dissimuler. Je me sens, je nous sens vulnérables.

Et l’inévitable ne tarde pas à se produire. Nous sommes attaqués. Nous les avons entendus venir et nous sommes prêts à les recevoir, du moins, c’est ce que je crois avant de me rendre compte que ce ne sont pas des orques qui nous chargent, mais des ogres. Un frisson de peur me parcourt. Je vois une lueur d’hésitation dans le regard de Grimaud. Il faudrait être inconscient pour se lancer dans un combat au corps à corps contre une des ces créatures. A trois contre six, le choc va être rude. Ils ont perdu en taille et en force au cours des siècles, mais leur avidité et leur cruauté n’a pas décru. Ils ont rejoint les forces des Dieux Sombres, lorsque les Fial Darg déclenchèrent la Guerre des Six Races. Et pendant la Guerre de la Convocation, ils furent enrôlés dans les armées du Cercle, semant la terreur et la désolation sur les champs de bataille. Ils ne feront pas de quartier. Nous non plus.

Les éclairs de glace de Léna les ralentissent à peine. Grimaud et moi unissons nos forces et nos pouvoirs. Nous combinons nos sorts de mort et de destruction, nos auras et nos entraves pour les ralentir et les blesser. Nous rompons le combat, donnant l’impression de fuir. Nous sommes plus rapides, plus mobiles que nos assaillants. Cette fausse fuite nous permet de les séparer, de les couper les uns des autres. Et nous revenons ainsi à l’assaut encore et encore en évitant un combat rapproché où nous n’aurions aucune chance de survivre. Lorsque le dernier de nos agresseurs tombe enfin le soleil est à son zénith. Nous sommes épuisés, en nage. Je tremble de tout mon corps. Léna s’est assise à même le sol. Quant à Grimaud, la lassitude se lit sur ses traits tirés. Sa main tremble légèrement lorsqu’il replace sa hache dans son fourreau.

-« Viens ! Nous ne pouvons pas rester sur cette route. » Avec sollicitude, il aide sa compagne à se relever. Il l’enlace, entourant sa taille de son bras, se chargeant de son sac. La fatigue de la jeune femme est telle qu’elle le laisse faire sans protester.

Je laisse mon esprit dériver un instant, survolant les alentours, essayant de repérer un sentier, un semblant d’abri où nous reposer. C’est étrange de marcher ainsi et de se voir d’en haut, d’être à la fois si pleinement consciente de ce qui m’entoure et d’en être en même temps si absente. Le miroitement d’un petit lac m’attire. Je survole sa surface irisée où ciel et roseaux se reflètent, se fondent et se  confondent dans un jeu de miroir subtil qui m’attire et me fascine. Je me discipline et reprend mon exploration. Deux tours grégeoises sont érigées à l’extrémité du plan d’eau. Elles gardent un camp fortifié dans lequel je repère deux grands quartiers généraux et plusieurs forges. C’est de ce cantonnement que viendra le danger si nous ne trouvons pas un moyen de mettre sa garnison hors d’état de nuire.

J’ai aussi capté les pensées des gardes en faction. Un ambassadeur Grarg est attendu. Les Grargs constituent la plus grande des tribus orques. Leurs racines se trouvent sur le mythique continent de Xu. Ils ont ensuite essaimé sur les autres terres d’Eo pour s’installer en Urgath où ils ont organisé le trafic d’esclaves des territoires de l’Ombre. Bon nombre d’entre eux sont devenus des mercenaires ou des alliés de grands commandants militaires qui les utilisent pour leur férocité sanguinaire. Ils sont en guerre contre tous, y compris les autres clans orques. Je ne sais pas comment Whorim a fait, ni quel pouvoir il détient sur eux pour les avoir ainsi forcé à s’allier, mais c’est une nouvelle plus qu’inquiétante. Celui qui réussirait à unir les tribus orques disposerait d’une force de destruction difficile à combattre.

Je me retire. Inutile que je signale notre présence en essayant de pénétrer plus en avant dans les pensées de nos ennemis. J’en sais assez pour le moment. Je détourne ma conscience. J’ai capté l’écho fugace d’un esprit dans le mien. Le toucher est si subtil que j’ai l’impression de l’avoir rêvé. Je retrouve la trace de ses pensées. Il sait qui je suis. Il sait ce que je suis. Je n’ai pas à me cacher. Je lui fais savoir sans ménagement que je l’ai perçu.

Un bref basculement. Un léger vertige. Je réintègre pleinement mon corps. J’ai brièvement aperçu un renfoncement  masqué par un taillis à quelques pas de nous avant l’embranchement qui sépare la route qui encercle le lac. Il nous offrira un abri de fortune, mais au moins, nous pourrons nous reposer et faire le point.

A suivre …

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