Chapitre 18 : Le Marais des Echos, partie 2

Les Chants d'Elenwë, récits roleplay, fan fictions et jeux vidéo  : Elémentaliste

-« Vous là-bas ! Par ici ! »  Un homme surgit des fourrés et y disparait à nouveau  aussi vite qu’il en est sorti. « Vous n’êtes pas des hommes de ce maudit magicien… » Il est sur ses gardes et nous fixe d’un regard où l’inquiétude le dispute à la crainte.

-« Non, nous ne sommes pas des hommes de Whorim. » Il me dévisage avec une intensité qui me met mal à l’aise.
-« Mais vous êtes une Guerrière de la Rune ! Et vous êtes ici pour éliminer ce bon à rien, n’est-ce pas ? …Une Guerrière de la Rune ! Magnifique ! J’ai pour vous une mission qui vous conviendra parfaitement ! »

Quelque chose me dérange. Son regard, l’excitation contenue dans sa voix, l’ombre qui couvre son visage, ses lèvres minces et exsangues, les ruptures que je perçois dans son aura, je me défie instinctivement de lui. Je lui réponds sur un ton glacial.

-« De quelle mission parlez-vous vieil homme ? »

Léna et Grimaud se sont rapprochés de moi. Eux aussi sont en éveil. Comme moi, ils ont noté les cendres recouvertes d’un feu et des marques d’installation d’un campement qui date de quelques jours.

-« Lucius, mon benêt de serviteur est tombé aux mains des brigands avec on chargement de marchandises. Passer quelques heures au pilori des gobelins ne lui ferait guère de mal, mais je dois vraiment récupérer ma cargaison. Elle se trouve là-haut ! » Il nous entraine sur le chemin et pointe du doigt une petite colline adossée à un pan de montagne et ceinte d’une palissade de troncs mal équarris. « Libérez mon serviteur ! Je vous en prie ! Je vous attendrai ici.»

-« Venez avec nous ! C’est votre serviteur ! » Le ton de Léna  est encore plus glacé que le mien.

L’homme a un mouvement de recul. Son malaise est perceptible.

-« Je préfère éviter la proximité des statuettes de ces idolâtres … » Il hésite, tend la main vers moi. « Attendez ! Je vous en prie ! J’ai quelque chose pour vous. Tenez ! S’il vous plait. Prenez-la ! »

Il glisse un objet froid dans ma main. Je l’examine de plus près. C’est une pierre taillée, sombre et terne. Pourtant quand je la tourne entre mes doigts, j’ai l’impression qu’elle absorbe ma chaleur et qu’elle éveille en moi un souvenir enfoui, une fulgurance qui s’évanouit dès que je veux m’en saisir.

-« Qu’est-ce que c’est ? »

Une lueur narquoise s’allume et disparait aussi vite dans son regard gris.

-«C’est une pierre runique rouge. Emmenez-la avec vous. Ah ! Et surtout, faites attention au gobelin aux deux couteaux. »

-«Je n’aime pas les énigmes vieil homme. »

-« Vous verrez. Et maintenant, allez-y ! Allez libérer Lucius. »

L’homme a disparu dans les taillis, nous laissant sur le bord de la route.

Aucun de nous n’aurait le cœur de laisser un être humain aux mains des gobelins.

Je me détache à nouveau de mon corps, et je survole le petit campement. Au fond du camp, une roulotte multicolore laisse échapper des paquets éventrés. Des étoffes, des armes et des objets du quotidien sont éparpillés tout autour. Un cheval de trait broute une herbe rase et rare. Un jeune homme à l’air égaré est attaché à un arbre. Il est la cible des moqueries d’une dizaine de gobelins. L’un d’entre eux, plus grand, lance nonchalamment ses couteaux de part et d’autre du visage du malheureux. Chaque jet se rapproche inexorablement de la cible. C’est une punition bien cruelle que le vieil homme a laissé infliger à son domestique.

Nous n’avons guère de temps pour agir, ni le choix d’une véritable stratégie. Le camp est sur une petite colline. Un seul accès par un sentier à découvert, une seule entrée : il va falloir lancer une attaque frontale.

Les Gobelins sont certes peu nombreux. Ca ne signifie pas qu’ils ne sont pas dangereux. Contrairement à bien des croyances, les Gobelins ne vivent pas tous sous terre. Certains ont établi des camps à ciel ouvert et patrouillent dans les grandes plaines, protégeant férocement l’accès des galeries de leur monde souterrain. Ils sont bien plus organisés et audacieux qu’il n’y semble, et leurs chamans sont de redoutables adversaires, capables à la fois de soigner les leurs et de blesser leurs adversaires en déployant des auras d’épines qui transpercent les armures les plus solides. Ils opèrent par groupe de trois, protégeant un seul guerrier, et ils vont nous poser un sérieux problème.

Je n’ai pas d’autre choix que d’attaquer de front, mais pas question de foncer tête baissée. Je fais rapidement part de mes choix à mes compagnons et je leur demande de se poster de part et d’autre du sentier, à l’abri des rochers.
Je m’avance à découvert, voyageuse égarée et inconsciente, m’appuyant d’un air las sur mon bâton. Les Gobelins se lancent sur moi, je pars en fuyant, abandonnant ma cape et mon sac sur le bord de la route. Un petit groupe rebrousse chemin tandis qu’un autre se décide à me poursuivre et tombe dans le piège que nous avons mis en place. Le combat de dure qu’une fraction de seconde, mais l’effet de surprise est désormais perdu. Nous montons à l’assaut du petit campement, esquivant les projectiles, essayant de tenir les chamans à distance. Pas question d’attaquer de manière dispersée. Nous concentrons nos frappes sur un ennemi à la fois. La poussière se colore d’écarlate.

Le grand gobelin qui lançait ses couteaux près du visage de Lucius se jette à son tour dans la bataille. La malveillance se lit dans ses grands yeux rouges, une haine pure et farouche dirigée contre nous. Sans nous concerter, nous modifions notre tactique. Grimaud s’élance à sa rencontre. Sa hache tournoie et scintille dans le soleil de cette fin d’après-midi douce et chaude. Léna et moi nous nous concentrons sur les guérisseurs, interrompant leurs sorts, les obligeants à se soigner pour ne pas mourir.

Lame contre lames, la danse mortelle des deux combattants s’intensifie. Leurs passes se font plus rapides. Leurs cadences s’accélèrent. Le Gobelin cave. Grimaud cède en parant et détourne les lames de son adversaire de leurs trajectoires foudroyantes. Il recule. Sa hache s’élève  et s’abat sur le crâne de son ennemi dans un craquement d’os brisés. Sans un regard pour le corps au sol, il se porte à notre secours, achevant les derniers chamans épuisés par nos sorts conjugués et désemparés par la mort de leur champion.
Je laisse Léna et Grimaud délivrer Lucius. Le jeune homme s’exprime lentement, avec hésitation, et je comprends à son élocution qu’il est différent.
-« Oh !…Vous m’avez libéré ? » Il réfléchit. « Oh ! Bien ! Soyez remercié ! » Un sourire hésite sur ses lèvres. « Maintenant, maintenant, vous pouvez m’acheter quelques-unes de mes marchandises ! Oui ! »
-« En guise de remerciement…vous acheter quelque chose ? » Le mécontentement perce dans la voie de Grimaud.
-« Oui ! Mon maitre m’a défendu de donner des objets. Autrefois, je donnais beaucoup d’objets. Mon maitre n’aimait pas du tout cela. Oh non ! » Il se fait pensif. « Mon maitre, c’est l’homme avec le masque, vous savez ! Il vous donnera sûrement une belle récompense. Allez le voir ! »
Le reste de leur conversation se perd lorsqu’ils s’éloignent de moi.

Pendant ce temps, je me suis agenouillée, intriguée auprès du corps du grand Gobelin. Quelque chose d’étrange émane de sa dépouille, une forme de brume chatoyante et papillotante. J’approche doucement ma main. L’émanation s’enroule autour de mes doigts. Je récupère la pierre dans mon sac. La vapeur argentée hésite un très court instant, oscillant de ma main nue à la gemme. Je retiens mon souffle. Elle flotte encore puis disparait. Un soupir imperceptible…La pierre s’illumine brièvement et de faibles éclats de lumière allument un reflet sanglant sur ma main.

Je ne peux pas y croire !

C’est simplement impossible…

A suivre…

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