Les Chroniques d’Ascalon #4

Elle l’avait suivi sans protester, sans dire un seul mot.

Il les guida au travers d’un dédale de venelles et de petits passages dont elle n’aurait jamais soupçonné l’existence. Les élancements dans son bras étaient devenus tels qu’elle devait se mordre les lèvres pour ne pas gémir de douleur.

Il lui avait proposé de s’appuyer sur lui, mais son regard l’avait dissuadé de la prendre par la taille pour la soutenir. Il l’encourageait quand il sentait qu’elle faiblissait, mais il gardait prudemment ses distances. Il lui avait rendu sa dague pour qu’elle se sente en sécurité avec lui, mais il n’allait certainement pas tenter de la toucher sans son accord. Il ne voulait pas se retrouver à la place du Charr, recroquevillé sur les pavés, fou, emprisonné dans une terreur sans nom. Il avait vu ce dont elle était capable.

« Tiens bon ! Nous y sommes ! » Elle venait de chanceler. Elle s’était appuyée contre un mur. Il la voyait lutter pour ne pas perdre connaissance. « Laisse-moi t’aider. Tu ne pourras pas y arriver toute seule. Il y a trop de marches à gravir. » Sa voix était douce, apaisante et chaude. Elle sentait son inquiétude, sa sollicitude. Elle discernait sa bonté et sa gentillesse. Elle baissa sa garde et accepta son soutien.

Vadien « Bloodsword » Tumbas légionnaire de son état, tavernier par héritage était plongé jusqu’aux oreilles dans ses livres de compte. C’était sans doute le seul aspect qu’il détestait dans son nouveau statut, mais il fallait bien en passer par là.

La taverne du Galion marchait du feu de Balthazar. L’établissement ne désemplissait pas. Toutes les franges de la population de l’Arche du Lion se pressaient autour des tables et des comptoirs, avides d’exotisme et d’aventure. Les récits des exploits réels ou imaginaires circulaient de bouche à oreille, de tables en tables. Les gens du peuple venaient se divertir, rêver et frémir. Les riches marchands de la Compagnie du Lion Noir, les banquiers, les élites intellectuelles et politiques, les courtisanes traitaient leurs affaires intimes ou professionnelles dans des alcôves très privées, loin des oreilles et des regards indiscrets. Des coursives et des portes dérobées protégeaient des secrets qu’il était bon de garder bien à l’abri.

Il releva la tête et son regard fit rapidement le tour du propriétaire. Il réprima un petit sourire de satisfaction avant de se replonger dans les colonnes de chiffres. Il mettrait à point d’honneur à ce que sa comptabilité soit à jour. Il réglait ses taxes et impôts rubis sur l’ongle, parrainait l’Orphelinat  et était donateur auprès de l’Hôpital des Vétérans. Le succès amène la jalousie et la jalousie, la suspicion. Il  tenait à être irréprochable, protégeant ainsi d’autres activités qui n’avaient pas besoin d’être connues au grand jour.

Vadien avait acheté l’emplacement le plus convoité de l’Arche et avait dû jouer de ses relations, de ses réseaux, de son influence, de sa réputation et de son argent pour arriver à ses fins, contourner les obstacles et éliminer certaines résistances. Le vieux vaisseau pirate avait ensuite été acheminé à grand renfort de grues, de poulies et de technologie asura. Le Galion surplombait désormais fièrement la baie et la vue de sa proue était simplement époustouflante. De jour, on avait l’impression de voguer dans les airs, la nuit de fendre l’espace vers les étoiles.

Extérieur, intérieur, du pont à la cale, de la poupe à la proue, rien n’avait été laissé au hasard. Tout avait été pensé, conçu pour faire du Galion un lieu de plaisir et d’échange. Son service d’ordre y était discret, exception faite d’un Golem Mark II flambant neuf, dernière toquade de Vadien dont la fascination pour la technologie asura était un sujet de plaisanterie pour ses amis les plus proches. Mais les problèmes étaient rares au Galion. Un rugissement du propriétaire suffisait en général à calmer les humeurs belliqueuses des clients éméchés ou en manque d’adrénaline. Au pire, il bondissait par-dessus son comptoir et les habitués se rappelaient alors que « Bloodsword* » n’était pas qu’un surnom.

[A suivre…]

* Bloodsword : épée de sang, épée sanglante

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