Chapitre 29 : Dissonance

Journal de Bord Commun

« Vous êtes complètement irresponsables ! »

La phrase fuse, cinglante, acerbe, rageuse.
Titanium-Joe CF01, blême, les mâchoires crispées nous regarde tour à tour toutes les trois.
Il attend des explications. Il ne nous laissera pas nous en tirer comme ça.

«Je suis libre, c’est tout ce qui compte ! Laisse tomber, tu veux bien ? » lui répond Titanium-Jane CF01 en entrant dans la salle de conférence où il nous a sommées de nous présenter toutes les quatre.
Mince, musclée, souriante, détendue, les cheveux encore humides de la douche qu’elle vient de prendre, elle s’installe nonchalamment dans un des vastes fauteuils qui meublent la pièce.
Elle passe les jambes par dessus un des bras et décoche un sourire charmeur à Titanium-Joe CF01. Au passage, elle nous adresse un clin d’œil complice.

Je me retiens de sourire.
Quelque chose me dit que notre frère n’est pas au bout de ses peines.
Quelque part, je m’en amuse.
Le retour inattendu de Titanium-Jane CF01 vient de modifier l’équilibre des forces au sein de la Clone Factory Inc. Dans quelle mesure et avec quelles conséquences, je n’en ai encore aucune idée.
Et je dois dire que pour le moment, ce n’est pas ce qui me préoccupe. Je suis simplement curieuse de voir comment Titanium-Joe CF01 va réagir face à la volonté et à l’espièglerie de notre sœur. La confrontation risque d’être intéressante.

Il s’incline très légèrement pour la saluer.

«Je suis heureux de te revoir Titanim-Jane CF01 »

« Merci » lui répond-elle en se remettant debout. Elle le dévisage de la tête aux pieds. « Quel est le problème alors ? »

« Tu aurais pu être blessée, ou pire, tuée. Et elles aussi ! »

« Ce n’est pas le cas ! Nous sommes toutes les quatre entières »

« Oui, et c’est un véritable miracle. Toute cette opération aurait pu très mal tourner. Elles ont fait preuve d’une totale inconscience.»

«Rien que ça ? » Mastery-Jane CF02 vient d’intervenir dans la conversation. Le ton posé de sa voix est démenti par l’éclair de colère qui brille dans ses yeux. « Inconscientes et irresponsables ? Tu n’as pas mieux ? »
« Tu préfères idiotes et stupides ? » lui répond-il sarcastique.

« Ça suffit tous les deux ! Si tu nous expliquais ce qui te met dans cet état ? »

La voix de la raison et de la sagesse vient de se faire entendre, celle de Gatling-Jane CF01. Elle a ce don si particulier de ne jamais s’énerver, de garder la tête froide. Bien souvent sa présence bienveillante et douce permet de dénouer les conflits et les tensions au sein de notre groupe. Il ya parfois fort à faire. Nous avons tous des caractères bien trempés. Au cours des missions, nous les mettons de côté dans l’intérêt du groupe et par discipline. Dans la vie quotidienne, il en va parfois autrement, et les heurts ne sont pas rares.

«Oui, je suis curieuse de savoir pourquoi tu es tellement agacé. » lui demande Titanium-Jane CF01.

Notre Frère se redresse encore plus, respire profondément et nous regarde tour à tour, l’air consterné.

Je sens monter en moi une palpitation, une ondulation obscure et froide. Mon Pouvoir frissonne et se propage le long de mes nerfs et de mes canaux. Je le contrôle, lui intime l’ordre de refluer, de retourner vers sa source. Je lui murmure des appels au calme. Je l’apaise. Je le supplie. Tout, autour de moi est devenu flou. J’ai perdu le fil de la réalité. J’entends la voix claire et incisive de Titanium-Joe CF01. Je distingue celle de Titanium-Jane CF01. Celle de Mastery-Jane CF02 et celle de Gatling-Jane CF02.

«Vous l’avez téléportée sans vous soucier des risques!»
«Mais quels risques bon sang ! Je suis spatiokinétique. Tu connais ma puissance ! Sans compter Haven. Tu sais qu’elle est capable de nous téléporter tous et sur des distances phénoménales sans aucun effort.»

«Je ne pense pas uniquement à ce qui aurait pu mal tourner dans votre tentative, il y aurait beaucoup à dire ! Mais il n’y a pas que cet aspect là ! Nous avons un autre problème sur les bras. »

«Lequel? » intervient doucement Titanium-Jane CF01.

« n ne sait pas où tu étais et ce qui a pu se passer pendant ta disparition. Pour commencer et sans vouloir te vexer. »

«Tiens, ça c’est nouveau, comme si ça lui posait un problème de froisser les uns et les autres. » La pensée, narquoise, me traverse l’esprit. Mais je me garde bien d’intervenir à haute et intelligible voix. J’ai décidé de rester en retrait de cette conversation. Je suis fatiguée au delà des mots. Je dois me concentrer juste pour ne pas décrocher et m’endormir debout.

«Pour information, je n’ai pas disparu ! J’ai été enlevée. Je pense que la nuance ne t’aura pas échappée. » lui répond-elle ironique. » Et je te prie de croire que ce n’était en rien des vacances ou une partie de plaisir. L’accueil et le service laissaient vraiment à désirer. Sans compter mes tête-à-tête si particuliers avec Sandman ! »

«C’est à cela que je voulais en venir. Nous ne savons pas ce qu’il t’a fait. »

«Ou s’il a fait quelque chose. » l’interrompt Gatling-Jane « Tu vois toujours le pire. Au lieu de te réjouir que TitaJane soit enfin de retour et avec nous.»

«D’ailleurs, on devrait tous être en train de fêter ça ! » lance Gatling-Joe CF03 entrant à son tour dans la pièce et se rendant compte de la tension qui règne entre nous.

«Qui a encore une idée brillante aujourd’hui ? » interroge Titanium-Joe CF01 « C’est à croire que vous vous êtes donné le mot ! »

J’ai une furieuse envie de l’envoyer se faire voir. J’étouffe un rire nerveux. J’ai l’impression de marcher sur une corde raide, au dessus d’un précipice insondable.

«Qui vote pour une fiesta ? Il y a bien trop longtemps que je ne me suis pas amusée ! »
Titajane esquisse un pas de danse, se déhanche joliment, fredonne les premières notes de « You never can tell » et enchaine avec le célèbre et incontournable signe des doigts devant les yeux.
Avec un bel ensemble nous levons tous et toutes la main, à une exception près…
Pourtant j’aperçois un imperceptible sourire sur les lèvres de Titanium-Joe CF01.

«Nous reparlerons de tout ça Titanium-Joe, Et je ferai tous les tests que tu voudras. Promis. Mais pas là. Pas maintenant. Laisse nous profiter du moment.»
Titanium-Jane CF01 lui a concédé la touche.
Elle lui tend la main et l’entraine dans un pas de deux endiablé. « Ça peut attendre un peu, non ? »
Il rend les armes en riant.
«Tu as raison, ça peut attendre un peu. »

… « Utere dum lyceat.»

Soudain, j’ai terriblement froid.

A suivre…

*Profite de la vie pendant que c’est possible.»

© Cenwen

Le mot de la fin… ou presque :

C’est sur ce chapitre que se clôt le Journal de Haven-Jane CF01. J’ai cessé de jouer à City of heroes, mais pas d’écrire.

Je prépare un Livre II dans lequel je me suis affranchie et j’ai affranchi mon personnage de la Clone Factory.

Pour ce qui est d’une publication, je ne fais aucun pronostic, d’autant plus qu’à la suite du formatage de mon ordinateur il y a quelques semaines, je n’ai plus que des fragments des mes  chapitres déjà rédigés.

En attendant, je vais entamer la publication d’un nouveau récit basé sur le jeu Spelfforce opus Breath Of Winter.

Bonne lecture!

Chapitre 28 : Double Je

Journal Mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 10

Nous avons réussis !
C’est la seule pensée cohérente, la seule chose qui me permet de tenir debout.
Je suis totalement épuisée, vidée de mes forces après cette téléportation insensée qui nous a si intimement unies et permis de la ramener près de nous.

Quand j’ai l’ai vue devant nous, plus rien n’a eu d’importance : la souffrance abominable de l’intrusion de l’esprit de Mastery-Jane CF02 dans le mien, la douleur physique quand le lien psychique s’est rompu …Non, tout cela n’a plus eu aucune importance. Seul comptait son retour parmi nous, le fait qu’elle soit saine et sauve.

Peu importe que nous soyons nés dans des incubateurs ou des matrices artificielles. Peu importe que nous ayons grandi dans des caissons de stase. Nous sommes sa famille. Elle est notre sœur. Aucun sacrifice ne sera jamais trop grand. Il en va de même pour chacun de nous. C’est ce qui fait notre force…et notre faiblesse.

Nos frères sont rentrés de mission quelques instants à peine après sa réapparition. Ils étaient stupéfaits et ravis, interloqués et incrédules devant le tour de force que nous avions réalisé. Elle était au centre de leur attention, de leurs embrassades, de leur joie.

Ils sont mon sang. Ils sont ma vie. Je mourrais sans hésiter pour chacun et chacune d’entre eux. « Tu crois qu’ils en feraient de même pour toi ? » La voix murmure dans mon esprit, insidieuse…Je n’arrive pas à être au diapason de leur bonheur. Jim me manque. Il aurait du être là, près de nous, près de moi pour partager ce moment, cette victoire. Mais il est parti.

Je me suis éclipsée.
Je regagne sa chambre, ma chambre, au bord des larmes, refoulant une fois de plus ma peine et ma colère. Affichant le masque de sérénité impassible qui est devenu mon refuge, ma seule défense contre le maelstrom d’émotions qui m’assaillent en permanence.

Je me sens tiraillée, écartelée. Mon pouvoir me dévore et me consume. Je lutte en permanence pour le contenir. Pour l’empêcher de m’engloutir.
Parfois dans mon esprit se lèvent des images que je ne comprends pas. Des mots comme des échos…
Je pose ma main sur la plaque de verre qui protège l’accès à ma chambre. Ma vue se brouille. Une aura sombre se superpose. Ma perception se dédouble. L’image s’estompe. Je frissonne.
J’ai envie de fuir.

« Tu crois que ça changerait quelque chose. Que tu échapperais à ce que tu es ? Tu te leurres.»

Mes pensées s’entrechoquent.
Une vague de nausées me secoue. Je me précipite dans la salle de bains. Je m’agrippe au rebord du lavabo. Je me regarde dans la glace. J’ai peur. Un peur sans nom. Une peur qui porte mon visage. Une peur comme jamais je n’en ai éprouvée. Elle me paralyse. C’est cette terreur que je vis dans mes cauchemars : quand je veux fuir et que je reste les pieds cloués au sol, dans l’incapacité totale de bouger. Je me vois. Je ne me reconnais pas. Mes yeux sont deux lacs noirs. Mon poing s’écrase sur le miroir encore et encore. La glace s’étoile, se fend et se fracasse. Des éclats de verre tombent sur la porcelaine blanche. Je continue à marteler mon reflet. J’aimerai qu’il disparaisse. Je voudrais disparaître. Mon sang coule, rouge, brillant, seule chose vivante et tangible dans cet univers stérile et désespéré.

Et puis soudain mon esprit explose et se fragmente. Je me cabre. Une force étrange, malveillante au-delà des mots, froide et avide s’insinue en moi. Je résiste. Elle reflue. Elle revient. La douleur est telle que je suffoque. J’ai l’impression de me noyer, d’être submergée par un raz-de-marée, de mourir. Je lutte de toutes mes forces, de toute ma volonté. Elle cède enfin. Je m’écroule sur le carrelage blanc et froid. Je perds conscience avec soulagement.

– « Haven ? » Je sens la panique dans la voix de Haven-Joe CF03. « Laisse moi regarder ta main, s’il te plait.»
– « Laisse Grand Frère, ce n’est rien. » Je voudrais qu’il me laisse tranquille. La douleur dans ma main n’est rien. Je ne veux pas qu’elle s’estompe. Elle m’ancre dans la réalité. La chaleur de mon sang sur ma peau glacée, elle seule me dit que je suis réelle, que je suis en vie.
Il est agenouillé près de moi. Son visage est si pâle. Il a l’air tellement inquiet.
–  » Non, ça n’est pas rien. Tu t’es cassé plusieurs petits os et sectionné un tendon. Et tu perds beaucoup trop de sang. Ton artère ulnaire est touchée. Tu ne peux pas rester comme ça. C’est trop dangereux ! »

Je sens la panique dans sa voix. Je lis tellement de sollicitude et d’affection dans son regard. Mon Frère. Nous avons affronté tellement de batailles ensemble. Combien de fois avons nous lutté côte à côte, nous protégeant mutuellement, unis comme les doigts de la main ? Elles sont si nombreuses que je suis incapable de les compter.

Je lui tends ma main. Détachée, je regarde cette masse sanguinolente où quelques éclats d’os pointent. Je le vois pâlir encore un peu plus. Il me regarde droit dans les yeux. Il a l’air tellement navré. Je plonge mon regard dans le sien. Je m’accroche à sa gentillesse, à sa bonté, à sa tendresse. Ma colère rend les armes. Jamais je ne lutterai contre lui.

–  » Ferme les yeux Haven. Laisse-toi aller. Tout va s’arranger. » Sa voix est si douce, si apaisante. Je la laisse me bercer. Je m’abandonne.

Une lumière verte filtre sous mes paupières fermées. Une chaleur intense envahit ma main blessée. Je ressens des picotements, puis des fourmillements à la limite du supportable. Je ne sais pas ce que fait Joe. Je ne le comprends pas. Je le sens simplement. Je sens mes os se ressouder, mes veines se reconstruire cellule par cellule. Je sens mon sang se remettre à couler jusqu’au bout de mes doigts et ma chair meurtrie se refermer. Ça me fait aussi mal que lorsque j’ai fracassé le miroir.

Il pousse un profond soupir. Il relâche ma main. J’ouvre les yeux. Il a les traits tirés. Il est épuisé. De fines gouttes de sueur brillent à la racine de ses cheveux bruns. Je regarde incrédule ma main. Je la fais pivoter. J’écarte les doigts. Je les referme. Je serre le poing. Je fais bouger chacun de mes muscles. Je suis sidérée.

– «Joe… »
Les mots s’étranglent dans ma gorge. Je le vois vaciller une fraction de seconde. Il se laisse tomber sur le sol à côté de moi. Nous sommes adossés à la paroi de la cabine de douche, au milieu des éclats de verre et des éclaboussures de sang. Je prends sa main dans la mienne. Je la caresse doucement. Puis sans un mot, je tourne sa paume vers nous. Au centre, un cercle rouge. Il me montre sa seconde main. Elle porte elle aussi la même marque, ces stigmates si particuliers qui sont apparus récemment dans son sommeil. Puis lentement, ils disparaissent. Son corps contre le mien se fait plus lourd. La tension qui l’a tenu jusque là cède le pas à l’épuisement.

– « J’y suis arrivé Petite Sœur. J’y suis arrivé. Ils m’avaient dit que ça arriverait, que j’y arriverai, mais que ça demanderai beaucoup de temps et de patience. »

Je sens sa fatigue.
Je passe mon bras autour de ses épaules. Sans un mot, je l’attire tout contre moi. Je dépose un baiser sur sa joue.

-« Repose-toi Grand Frère. Je ne bouge pas. »

Et nous restons là, blottis l’un contre l’autre.

A suivre…

© Cenwen

Chapitre 27 : Délivrance

Journal Mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 11

Nous sommes réunies toutes les trois.
Mastery-Jane CF02, Gatling-Jane CF01 et moi.
Nous avons envoyé “les Garçons” en mission à l’extérieur.

Nous sommes dans une des salles de repos de la base.
Nous avons déménagé tout ce qui se trouvait à l’intérieur.
Vu ce que nous nous apprêtons à faire, ça vaut mieux.

Nous sommes déterminées.
Rien, ni personne, ne nous arrêtera.

J’inspire profondément.
Je fais le vide en moi.
Je me concentre.
Je sens la puissance de l’Energie de l’Outre Monde se ruer en moi.
Je la canalise.
Je la dirige à l’extérieur de mon corps.
Elle descend le long de mes bras.
Elle s’enroule autour de mes mains.

Je sens un timide contact se faire dans ma conscience.

Je l’ai trouvée.
Pour la seconde fois.
Mes mains se transforment en serres d’ombre.
Je les projette de toute ma force.
Et rien…
Le contact est tellement faible.

Je recommence.
Soudain, je sens la force mentale de Mastery-Jane CF02 exploser dans mon cerveau.
J’ai l’impression d’être traversée par une lame chauffée à blanc.
Ce contact avec ses pensées est insupportable.
Elle a enfoncé toutes mes protections, toutes mes défenses mentales.
Elle a une puissance insoupçonnée.
Elle joue avec les dimensions spatio-temporelles comme les enfants jouent à la balle.
Et elle est encore loin d’avoir réalisé tout son potentiel.

Mon esprit recule devant cette intrusion.
Je me débats.
Je veux rompre ce contact.
Toutes les cellules de mon corps protestent.
Un choc.
Je redeviens moi.
Je saigne du nez.
Mastery-Jane CF02 est plié en deux, fauchée par la douleur.
Notre contact nous ébranlé toutes les deux.
Mais, je sais qu’au moment de cette union de nos deux esprits, elle a senti le contact fragile que j’ai avec Titanium-Jane CF01.

Nous nous regardons.
Nous allons recommencer.
Passer au dessus de la souffrance.

Je me concentre à nouveau.
Et çà recommence.
Cette irruption insupportable dans ma conscience.
Je me cabre.
Je ne veux pas supporter ça.

Et puis, soudain, dans cet afflux d’Energie, je sens un autre esprit.
Un esprit doux, bienveillant et serein.
C’est comme une main légère et fraîche qui se pose sur mon front.
Gatling-Jane CF01, aussi douce et ferme dans ce monde mental, qu’elle l’est dans le monde réel.
Je la sens saisir les deux flots d’Energie qui luttent en moi.
Elle les sépare.
Elle les démêlent.

Il n’y a pas de mots pour décrire ce qu’elle fait.
Mais elle harmonise nos courants à toutes les trois.
Elle les apaise.
Elle les entrelace.
Elle les tresse.

La douleur insupportable a cessé.
Nos esprits sont unis.
Notre puissance est incroyable.

J’étends à nouveau mes mains.
Le lien si fragile est toujours là.

Je m’en saisis.
J’affermis ma prise.

Et de toute la puissance de nos volontés entrelacées, je la ramène.

Titanium-Jane CF01.

A suivre…

© Cenwen

Chapitre 26 : Révélations [4/4]

Journal Mnémosphère de Haven

Fragment 10

Les révélations de Mike et le guêpier dans lequel j’ai failli nous faire tomber par mon inconséquence, son horrible café imbuvable finissent de m’achever.
Je me précipite dans les toilettes pour vomir.
Je ne suis pas fière de moi.

Mike me tend un paquet de chewing-gum.
Il me conseille d’un mâcher quelques uns le temps qu’il me ramène à la base de la Clone Factory Inc.
Il a la gentillesse de ne pas y aller d’un sermon.
Je lui en suis reconnaissante.

J’ai passé un appel pour prévenir de mon retour et de la présence de Mike Hammer à mes côtés .Je veux qu’il fasse un rapport complet à mes frères et à mes sœurs.

J’espérais bien tomber sur Gatling-Jane CF01.
Manque de chance, c’est Mastery-Jane CF02 qui nous accueille.

Un coup d’œil pour évaluer la situation.
Pas la peine de lui faire un dessin.
J’ai le droit à un regard noir et rageur.
Je ne me sens pas très bien. Encore.
Et surtout, je sens que je ne vais pas échapper à de sévères remontrances quand nous serons en privé.

Pour l’instant, c’est le cadet de mes soucis.
Je veux juste prendre une douche, me changer et avoir moins mal à la tête.

Elle confie Mike à Gatling-Jane CF01.
Et elle m’accompagne à ma chambre.

– Bon sang, qu’est ce qui t’a pris ? Tu es un Clone. Tu as des responsabilités. Une image à défendre. Encore heureux que tu sois en civil. Mais qu’est ce que tu as dans le crâne ?
– Crie pas, j’ai mal à la tête…
– Bien fait, quand on ne sait pas boire, on ne boit pas.

Elle me tend un tube d’Advil et part en claquant sauvagement la porte.
Bien fait pour moi…

Je prends une longue douche, brûlante, à la limite du supportable.
Je suis sous le jet.
Les yeux fermés.
Je suis épuisée
Je pleurs.
Je pense à Jim.
Il me manque trop.

Je pense à Titanium-Jane CF01.

Une plage de sable fin.
Des cocotiers.
Un ciel bleu azur.

Flash.

Une plage de sable fin.
Des cocotiers.
Un ciel bleu azur.

Flash.

Des murs sombres et humides.
Une mince silhouette qui se bat.
Avec l’énergie du désespoir.
Avec bravoure.
Ils sont tellement nombreux autour d ‘elle.
Elle est si mince, si fragile.
Si forte, pourtant.
Elle se rie d’eux.
Elle les provoque.
Elle se moque.
Elle les défie.

Loin, très loin.

Flash.

Les deux images se superposent.
Se mélangent.
Se superposent.
Se mélangent.

J’ai l’impression que quelque chose ou quelqu’un frappe à la porte de ma conscience.

Je sors de la douche.
Je suis comme déconnectée de mon corps.
Dans une demi-transe induite par l’alcool, la fatigue, la chaleur et la peine.

C’est une telle évidence.

Je me concentre.
Je laisse L’Energie Noire qui m’habite prendre complètement possession de moi.
Je me concentre sur son nom.
Je le récite comme une prière, comme un mantra.

Titanium-Jane
Tita –Jane comme l’appelle affectueusement Gatling-Jane CF01

Mes bras se tendent le long de mon corps.
Je sens l’air vibrer autour de moi.
Mes doigts s’écartent.
Je sens les Ténèbres s’enrouler autour de mes mains.
Je me concentre.

C’est comme un choc électrique.
J’ai l’impression d’être traversée par une décharge.
Je sens son esprit quelque part.
Le lien est si faible.
Mais il est là.

Mes mains se transforment en serres.
Elles se referment sur cette bribe de pensée.
Je l’attire à moi de toutes mes forces.

Un éclair.
Puis le Néant.

Je reviens moi.
Mastery-Jane CF 02 et Gatling-Jane CF01 sont près de moi.

– Tu essayes de démolir la base ou quoi ?

Incompréhension.

– Du calme Mastery, s’il te plait.

Gatling-Jane CF01.

Je bredouille

– Titanium-Jane ! je sais comment la ramener.

A suivre…

© Cenwen

Pendant ce temps :

Training Room

Je ne sais plus quel jour on est. J’ai perdu le fil. Tout ce que je sais, c’est que ça fait un sacré moment qu’Il n’est pas venu me voir. Pas depuis qu’Il a tenté de me dérober par la ruse les informations détaillées pour entrer dans notre base et contrôler son ordinateur central…

Dommage, je me sens prête à le recevoir maintenant. Mais de toute façon il reviendra bien un jour. Il n’a que la moitié du puzzle, il lui manque les pièces les plus importantes… Je lui suis encore utile…

Chapitre 25 : Révélations [3/4]

Journal Mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 10

Je tombe des nues.
Notre création a soulevé bien des polémiques, bien des controverses.
Avec le temps, la passion est retombée.
Nous avons fait la preuve de notre compétence, de notre dévouement à la communauté.
Nous nous intégrons.
Certains commencent même à nous apprécier.

Et Hammer continue à m’asséner ses découvertes.

– « Nous venons tout juste de faire connaissance avec «vos » nouveaux amis. »
– « Les 6 que vous m’avez empêché d’éliminer ? »
– « Je ne tiens pas à me retrouver mêlé à un massacre « d’innocents » êtres humains. »
Les tuer aurait fait de vous une meurtrière. Ces gens là sont des religieux, pas des hors-la-loi. »
– « Des religieux, armés jusqu’aux dents et qui tirent sans sommation ?  »
– Oui. Ce groupe se fait appeler «L’Ordre» ou «Les Gardiens.»
Ils ont décidé d’éliminer jusqu’au dernier d’entre vous de la surface de la terre.
Ils vous considèrent comme des abominations, une « Grande Hérésie » qu’ils veulent éradiquer.
Je filais un de leurs inquisiteurs quand vous avez fait votre show. Il se rendait apparemment à un rendez-vous dans un des salons privés. Je pense de votre sœur Titanium-jane CF01 a eu à faire à eux.  »
-« Elle est …  »

Le mot n’arrive pas à franchir mes lèvres.

– « Je ne sais pas. Je ne pense pas. Elle est la première à avoir été éveillée. Elle détient un maximum d’informations sur votre base, sur vos procédures, sur vos codes. Non, je ne crois pas qu’ils l’aient éliminée. Tant qu’ils n’auront pas ce qu’ils cherchent, ils la garderont en vie. »
– « Vous savez où elle est ? »
– « Non, du moins, je n’en suis pas sûr. »
– « Où ? »
– « Retenue sur une petite île privée, à quelques encablures des Insoumises. »

A suivre …

© Cenwen

Pendant ce temps :

« Je » de dupes

Le seul avantage de la captivité, c’est la cure d’amaigrissement gratos, mieux que Weight Watchers ! Non, je déconne. Enfin pas tant que ça, j’ai vraiment perdu plusieurs kilos, mais là n’est pas la question.

Le véritable avantage de la captivité, c’est qu’on a enfin le temps de se poser et de penser, de prendre du recul. Ok, ma piaule fait 3m², niveau recul c’est pas la joie… mais quand je ferme les yeux, c’est une autre affaire !

Je m’appelle Jane, Jane Titanium, et pour la première fois de ma courte vie d’adulte, j’ai le temps de réfléchir. De penser à moi. À ce que je suis…

« Ce que… » Tiens, tu vois, même toi tu as du mal à dire « qui »… à te percevoir comme un être humain, un individu à part entière…

Chapitre 24 : Révélations, partie 2/4

Journal Mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 10

Il ne me laisse pas le choix.
Il m’entraine à sa suite dans la nuit.
Nous laissons nos assaillants se débrouiller avec mes pièges.

Je ne me sens vraiment pas dans mon état normal.
Je n’aurai pas dû boire ces fichues vodka.
Sur le coup, ça m’avait semblé sympa de me détendre.
Là, c’est …
Bref…

– Buvez ça !

Il me tend une tasse de café dont l’odeur me lève l’estomac.

– Buvez ! j’ai besoin que vous ayez les idées claires.

Je ne sais pas où nous sommes.
Pas dans son bureau.

– Grâce à vous j’ai du déménager.
– ….
– Vous ne m’avez pas dit que vous étiez …un clone.
– Vous savez, ce n’est pas une grossièreté. Qu’est ce que ça change ?
– Beaucoup de choses.
– Ce n’est pas une réponse.
– Vous cherchiez à faire quoi, ce soir au Pocket D ?
– A trouver une piste.
– On ne peut pas dire que vous ayez été discrète.
– Vous n’aviez qu’à me donner des nouvelles. C’est vous l’enquêteur.
– Justement, ça demande de la discrétion. Maintenant, je suis grillé.
– Vous voulez arrêter ?
– Non, juste me faire oublier quelques temps.
– Vous me laissez tomber, en clair.
– Officiellement?…oui. Officieusement?… non. J’ai une piste pour vous. Enfin, une piste, c’est beaucoup dire. C’est une rumeur. J’essayais de la vérifier quand vous avez tout fichu par terre.

Il me tend une nouvelle tasse de son horrible café. Je crois que s ‘il continue comme ça, je vais vomir.

– Alors ? cette rumeur ?
– La chasse aux Clones est ouverte.

A suivre…

© Cenwen

Pendant ce temps :

Up and Down

J’ouvre les yeux, il fait nuit noire…

Un mouvement à mes côtés… Je sursaute ! Mes boucliers s’affolent et se lancent machinalement, éclaboussant l’intérieur du cockpit d’une lumière irisée et chatoyante… une main se pose alors sur mon bras. Douce, réconfortante… Je souris.

Ma soeur, Gatling Jane, est à côté de moi, dans le siège du pilote. Tout me revient soudain comme un raz de marée : la fuite éperdue, l’hélicoptère, l’appel de détresse, l’atterrissage en catastrophe au milieu d’un coin paumé, l’attente, la peur, la soif et la faim me tiraillant… et soudain ce jet venu de nulle-part… portant sur son flanc le symbole de la Clone Factory ! Cette sensation au creux du ventre, ce soulagement !

Jane me lance un sourire.

« Tu devrais dormir encore un peu… C’est peut-être ta dernière chance pour récupérer. On arrive bientôt, et quand on y sera, tu sais qu’il va falloir faire un débriefing complet…

Chapitre 23 : Révélations [1/4]

Journal Mnémoshère de Haven-Jane CF01

Fragment 10

Depuis que je lai engagé, Mike Hammer, « mon » détective ne m’a toujours pas donné un seul signe de vie.

Titanium-Jim CF01 lui non plus, ne m’a pas encore donné de nouvelles.

Je me noie dans le travail pour oublier son absence insupportable.

Je suis tellement obsédée par la disparition de mes frères et de mes sœurs, que je me suis plongée à corps perdu dans leurs rapports de mission, les comptes-rendus d’explorations, les fiches de contacts, leurs notes, tout ce que j’ai pu trouver.

La seule piste que j’ai concerne Titanium-Jane CF01.
Elle débute et elle s’arrête au Pocket D.

Pourquoi pas ?
Cette idée me trotte dans la tête.
Après tout, qu’est ce qui m’en empêche ?
Plus je la retourne tous les sens, et plus elle me semble séduisante, cette idée.

J’ai échangé mon uniforme contre une tenue civile.
Une jupe courte, noire, fendue sur les côtés
Un bustier en cuir bleu.
Des cuissardes à talons vertigineux, de la même couleur.
Un long manteau noir, lui aussi, qui balaye le sol autour de moi.
J’ai un pincement au cœur.
Ces vêtements je les ai achetés pour faire une surprise à Jimmy.
Je n’ai pas eu le temps de lui montrer.
Il plaisantait toujours sur mes achats, trouvant que mes tenues civiles me transformaient en souris grise.
J’avais voulu l’épater en allant chez le tailleur me faire faire quelque chose sur mesure et personnalisé.
C’est plutôt réussi.

Je ne reconnais pas la jeune femme en face moi dans la glace.
Le cristal de Jim au bout de la fine chaîne en or, brille sur sa peau bronzée.
Elle a des yeux bleus violets, immenses
Elle fait très jeune, 25 ans maximum.
Elle a l’air tellement innocent et fragile.
Contrastant avec sa peau dorée et son air enfantin, des cheveux, mi longs, blancs, comme la neige.

Je m ‘esquive discrètement de la base de la Clone Factory Inc.
Je n’ai pas envie qu’un de mes frères, ou une de mes sœurs, se mette en tête de m’accompagner.

Le Pocket D.
La Plus Grande Boîte de Nuit jamais construite au monde.
C’est un véritable complexe entièrement dédié au Plaisir.
Une multitude de discothèques, de bars, de salons et d’alcôves privées, de boutiques en tout genre.
Il y a même une piscine de taille olympique.

C’est comme un immense paquebot au milieu de la nuit.
Il a été crée par DJ Zéro.
Peu de règles en cet endroit, mais une, incontournable : on laisse ses armes au vestiaire quand on y vient.

Toutes les franges de la population de Parangon City et des Iles Insoumises s’y côtoient.
Des Super Héros, des anonymes, des soldats des troupes d’Arachnos, des étudiants, des Super Vilains, dont la tête est mise à prix, des prostituées, des gigolos, des dealers, toute une faune hétéroclite avide de détente et de distraction.

C’est une zone neutre, avec sa propre police sur armée et sur entraînée.
Sans compter tous les brouilleurs psychiques qui paralysent la majorité des super pouvoirs des uns et des autres.
Les problèmes sérieux sont rares au Pocket D.
Les ennuis sont « discrètement » évacués.

Je me suis installée au comptoir d’un des nombreux bars.
Il est à peu près vide.
Mais c’est vrai qu’il est encore tôt.

Je ne savais pas trop quoi boire.
Le serveur m’a servi une vodka.
Il a essayé d’engager la conversation.
Je lui ai fait comprendre que je n’étais pas là pour ça .
Je veux juste qu’on me laisse en paix.

Je bois une première gorgée de mon verre et je manque de m’étouffer.
Ca pique.
Ca brûle.
C’est fort.
Je tousse comme une folle sous le regard amusé du barman.

– Première fois ?
– Oui…
– C’est un peu rude pour commencer.

Je suis un peu plus circonspecte pour la seconde gorgée.
Elle passe mieux.
Tout d’un coup j’ai très chaud au niveau des pommettes.
Et je me sens moins tendue.
Plus sûre de moi.
Je réclame une seconde vodka, puis une troisième.
J’ai l’impression de flotter tranquillement, un peu détachée de ce qui m’entoure.
C’est loin d’être désagréable.
Je me sens euphorique.

Le barman pousse un coktail devant moi.
Une boisson pleine de couleurs, une brochette de fruits frais et un petit parasol.
C’est rigolo à voir.
Mais je n’ai rien demandé.

– De la part du Monsieur, à la table au fond.
– Merci, mais il peut le boire tout seul.

J’ai l’impression de parler d’un peu loin
D’être dans le brouillard.

– Je crois que j’ai déjà trop bu…
– Pas tant que çà, mais si vous n’avez pas l’habitude…

Ben, non, je n’ai pas l’habitude.
Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours bu des diabolos cassis.
Je crois que je n’aime pas la vodka.
Ca me donne mal au coeur.
J’en suis là de mes intenses cogitations, quand une main énorme et lourde s’abat sur mon épaule.
Je manque de tomber de mon tabouret.

Je vacille un tantinet en me retournant.
Je suis nez à nez avec une montagne de muscles gominée et empestant l’après-rasage bon marché.
Genre Néanderthal, avec le QI équivalent à celui d’un primate.

Autour de moi, c’et un peu flou.

– J’vous ai offert un verre.
– Je ne vous ai rien demandé
– Vous pourriez au moins être polie.
– Et vous, être moins près.
– Fais pas ta mijaurée.

Néanderthal commet alors l’Erreur.
Celle à ne pas faire.
Une de ses mains descend sur mes hanches et il essaye de m’enlacer.
Il n’aurait pas dû…
Je ne supporte pas qu’on me touche.
Il me pousse contre le bar.
Je passe à l’attaque.

Je lui porte un violent coup de pied à l’entrejambe.
Il se plie en deux.
Il hurle.
Je lui attrape une main et je replie son index, en arrière.
Je sais que cette extension violente en arrière, pince le nerf.
C’ est insupportable.
De sa main libre, Néanderthal, me saisit les cheveux.
Ma vision se brouille, mais je resserre ma prise sur son doigt.

– Lâche moi espèce de salope !

Rien que pour çà, il mérite la raclée que je vais lui flanquer.
Je le tire à la remorque derrière moi.
Je lui fais traverser la moitié d’une piste de danse sous le regard franchement amusé des danseurs.

Je ne vais pas plus loin.
– Lâchez-le , bon sang ! vous êtes dingue !
– Mèlez vous de ce qui vous regarde.
– Justement.

Je relève un peu la tête.

– Hammer ?, qu’est ce que vous faites là ?
– Mon boulot. Il faut sortir au plus vite.

Néanderthal gémit toujours à mes pieds.
Mike m’oblige à lâcher ma prise.
Il m’entraine à grand pas vers une des nombreuses sorties de la discothèque.

Ils nous interceptent dehors, alors que nous venons de franchir la sortie.
J’entends « mon » détective jurer.

Ils sont six.
Grands, musclés, intégralement vêtus de noir, cagoulés.
On dirait des policiers du S.W.A.T.
Mais je ne reconnais pas l’insigne des forces de police.
Mais je ne reconnais aucune des armes dont ils sont équipés.

Hammer me pousse violemment sur le côté.
Je heurte un mur.
J’échappe à une décharge de tazzer.
Et à un jet de fléchettes paralysantes.

Je ne sais pas à qui nous avons à faire, mais ils ne plaisantent pas.
Je me relève très lentement.
Je viens de repérer une minuscule tâche dansante au niveau du cœur de Mike.
Une visée laser.
Je ne veux pas prendre de risque.
Je me déplace doucement et me met dans la ligne de mire.
Je ne me sens pas très bien.
Le décor a tendance à tanguer autour de moi.
J’étouffe un haut le cœur et je me plie un peu en deux.

C’est suffisant.
Suffisant pour que je me concentre.
Je sens l’Energie de l’Outre Monde palpiter et enfler dans mes veines.
Je projette mes deux mains vers l’avant.
Je déchaine sur eux un torrent de ténèbres qui les projette en tout sens.

Mais çà ne me suffit pas.
Du Néant, je fais jaillir un de mes pouvoirs préférés.
Des tentacules plus noirs que la nuit.
Ils piègent mes proies, les encerclent, les engluent, les étouffent.
Ils drainent leur énergie et leur force vitale peu à peu.

Mike m’entraine alors que je m’apprête à récidiver.

– On n’a pas le temps pour çà.
A suivre …

© Cenwen

Pendant ce temps :

Prison Break

« Tu crois que tu vas t’en tirer comme ça ? » ricane le gars tandis que je bondis vers lui.

Il vise mon cœur. Il ne sait pas encore.

Je concentre mes pouvoirs et continue d’avancer tandis qu’autour de moi commencent à scintiller les éclats de mon bouclier psychique. Il appuie sur la gâchette… sa balle ricoche sur moi… J’éclate d’un rire nerveux.

Je peux la voir, je la sens, cette stupeur qui le saisit alors que j’avance sur lui et lui décoche un crochet du droit en pleine mâchoire, figeant à jamais son rictus imbécile sur sa face de singe… Je la connais bien cette surprise, cet étonnement de me découvrir soudain invulnérable…

Chapitre 22 : Vertiges

Un petit mot pour commencer !

Le Journal d’Haven-Jane CF01 est une partie de l’hisoire de la Clone Factory Inc. La partie vue par ma « clonette ». En parallèle, se déroulent d’autres événements que je vous invite à retrouver sur le blog de Catioucha, alias Titanium-Jane CF01. Désormais, en fin de chapitre, vous trouverez un extrait de ses récits avec une invitation à cliquer sur le lien pour lire la suite! et pour découvrir l’univers de son auteur :  Ici

En espérant que vous prendrez autant de plaisir à lire nos aventures que nous en avons eu à les écrire:)

Journal Mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 9

Je me sens si vide.
Je me sens si lasse.
Mes questions, mes obsessions me donnent le vertige.
Mes cauchemars hantent et dévastent mes nuits.
La rage et la peur brûlent mes veines à chaque instant.
Lui seul avait le pouvoir de les apaiser.
Lui seul avait le pouvoir de m’apaiser.
Mais il est parti.

J’ai transféré mes affaires de ma chambre dévastée à la sienne.
Ca va vite.
Je n’ai que quelques vêtements et quelques affaires de toilette.
La totalité de mes possessions tient sur 5 cintres et une demi-étagère.
Je suis aussi impersonnelle que la chambre que j’habite depuis mon arrivée à la base de la Clone Factory Inc.
Je pourrai disparaître du jour au lendemain sans laisser aucune trace.
Comme mes autres frères.
Comme mes autres sœurs.
Qui s’inquièterait ?
Pourquoi ?
Qui suis- je ?
Que suis-je ?

Que leur est-il arrivé ?
Gatling-Joe CF01.
Disparu.
Reaper-Joe CF01.
Disparu.
Mastery-jane CF03.
Disparue.
Titanium-Jane CF01.
Disparue.

A Suivre …

© Cenwen

Pendant ce temps :

Loin des yeux…

Une plage, les palmiers, le soleil. Que demande le peuple ! Mais quand-même, qu’est-ce qu’il fait chaud dans cette taule ! Je transpire et une goutte de sueur vient s’écraser juste à côté de la carte postale, pile sur le dos de ma main.

Un soupir. Je reprend, avec application. J’ai mal au crâne, comme j’ai mal…

« Salut les gonzesses ! »

Ça commence comme ça. Ça me ressemble. Tellement. A quoi d’autre pourraient-ils s’attendre, venant de moi ?

« Salut les gonzesses ! Ca swingue de votre côté ? Parce que moi c’est l’éclate, totale ! »

Chapitre 21 : Départ

Journal Mnémosphère de Haven

Fragment 8

J’ai activé le mnémocristal que Jimmy m’a laissé à son départ.
Je le porte en permanence sur moi.
Il a eu la bonne idée de le dissimuler dans un bijou.
Il m’a conseillé de faire la même chose pour ma mnémosphère.

Il est parti.
A la recherche des réponses qui me manquent.
A la recherche de ma mémoire effacée.
A la recherche de mes souvenirs fragmentés.

Il est parti.
Vers le Nord.
Vers l’Arctique.
A la recherche du Professeur Wang.
A la recherche de Morgan.

Il est parti.
A la recherche de nos créateurs.
A la recherche de la base secrète cachée sous la glace.

Il est parti.
A la recherche des réponses qui nous manquent et qui nous hantent.

J’ai évité le réfectoire ce matin.
Je ne peux pas éviter le briefing.
Je sers les poings à m’en faire mal.
Je contrôle la puissance qui pulse dans mon sang.
Mes mâchoires sont crispées, douloureuses.

J’ai enfilé mon uniforme de la Clone Factory Inc.
Par respect pour ce qu’il représente pour mes frères et mes sœurs.
Par respect pour ce qu’il représente aux yeux de nos concitoyens.
Il brûle ma peau glacée.

J’ai abaissé ma visière.
Mon regard dans le miroir m’a fait peur.
Le regard d’une étrangère.
Froid, vide, inhumain.
J’ai abaissé ma visière.
Pour moi.

J’inspire profondément.
J’entre dans cette immense salle de réunion.
Ils sont là, autour de la table monumentale.
Ils sourient.
Ils rient d’une plaisanterie de Mastery-Joe CF01.
C’est le plus « jeune » d’entre-nous.
Il est éveillé depuis peu.

Ils me dévisagent.
Curieux.
Décontenancés.
Ma voix est froide, vide, désincarnée.

Je leur transmets le message que Titanium6Jim CF01 a laissé pour eux.

Le reste, je le garde précieusement dans mon cœur.
Comme un talisman.

A suivre…

© Cenwen

 

Chapitre 20 : Cauchemar

Journal mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 7

– Haven ! Haven ! HAVEN !
– Bon sang Haven ! qu’est ce que tu fais ?
– HAVEN ! Réveille-toi !

La voix de Titanium-Jim CF01.
Il hurle mon nom.

Je suis en train de me battre de toutes mes forces.
Pour survivre à la force noire et obscure qui me cerne.
Je suis secouée comme un fétu de paille dans le vent.
Projetée en l’air.

Un choc.
Violent.
Qui me ramène.

– Jimmy ? Pose-moi. Tu me fais mal.

Titanium-Jim CF 01 me maintient les deux poignets enserrés dans une de ses mains.
De l’autre, il s’efforce de m’écarter des parties les plus dangereuses de son armure de glace.

– Haven ? c’est bien toi ?
– Quelle question ? Oui, bien sûr.

Il me repose à terre.
Il est tellement plus grand que moi.
Plus grand que nous tous.

Simultanément, je prends conscience de deux choses.
Titanium-Jim CF01 est torse nu.
Il est vêtu d’un pantalon noir, c’est tout.
Nous sommes dans ma chambre.

Moment de flottement…

– Haven ? tu es sûre que çà va ?
– Je ne suis pas sûre…que s’est-il passé ?

Titanium-Jim CF 01 me regarde droit dans les yeux.
Mais il a hésité une fraction de seconde.

– Jimmy, répond moi, s’il te plait. Pourquoi es-tu dans ma chambre ?
– Tu ne te souviens vraiment de rien ?
– Je me rappelle m’être couchée. J’étais épuisée. C’est tout. Pour le reste, j’ai l’impression d’avoir fait un cauchemar.
– Ce n’est pas le premier…
– Non, j’en fais souvent.
-Je sais. Ce n’est pas la première fois que je viens te voir. Jusque là, je me contentais de te parler ou de te ramener jusqu »à ton lit.
-… ?
-…
– Et là ? que s’est-il passé ?
– Je t’ai entendu crier. Tu appelais à l’aide. Quand je suis entré, ton voile de l’ombre avait envahi la pièce.
– …et ?
– Je t’ai trouvée sous ton lit, en position fœtale. Je t’ai sortie d’en dessous.
– Jimmy ? Ce n’est pas tout. Il n’y a plus un meuble debout dans cette chambre. Et j’ai la marque de ta main autour de mes poignets…

Il a l’air si …penaud du haut de ses deux mètres et quelques.
Mais je dois savoir.
Que s’est-il passé pour qu’il en arrive à cette extrémité.

– Jimmy, s’il te plait. La suite. Je dois savoir.
– Tu m’as attaqué, avec toute ta puissance. Sans aucun contrôle C’était comme affronter un torrent de fureur et de ténèbres. J’ai du me défendre. Et essayer de ne pas te blesser.
– Je suis tellement désolée Jim…

Mais aucun de mes mots ne peux rendre compte de ce que je ressens à cet instant.
J’ai l’impression qu’une chape de plomb est tombée sur mon cœur.
J’ai froid.
Envie de vomir.
Envie de pleurer

Il me prend dans ses bras.
Il me caresse les cheveux.

– Pleurs si tu veux. Je suis là Haven. On va régler çà, je te le promets.

Il me soulève du sol et m’emmène hors de ma chambre dévastée.
Il m’allonge dans son propre lit.
Il me garde tout contre lui.
Tout contre sa peau douce et fraîche.
J’entends son cœur qui bat si lentement.
Le mien se calme enfin.
Mes sanglots s’espacent.
Je finis par m’endormir.

Un baiser effleure mon front.
Tellement doux et léger que je crois rêver.
Une trace infime de parfum.
Une main qui se referme tendrement sur la mienne.

Je me réveille.
Je suis seule.
Dans ma main, une petite boite.
Dans la boite, une chaine en or et un cristal aussi pur qu’un diamant.
Un mnémocristal, monté en pendentif.
Une phrase :

 » Je prendrais toujours soin de Toi Ma Douce, où que je sois »

Il est parti.

A suivre…

© Cenwen