Chapitre 19 : Divagations d’un Clone

[Divagations d’un clone]

De qui suis-je le double ?
Suis-je une copie fidèle ?
Suis-je une image dans le miroir ?

Mes pensées sont-elles à moi ?
Mes souvenirs sont-ils les miens ?
Et mon âme ?
A qui appartient-elle ?

Suis-je un fragment de lui ?
Est-il La lumière ?
Suis-je l’Ombre ?
Suis-je un écho ?
Une ride à la surface de l’eau ?

Qui est mon original ?
Est-il l’Unique ?
Est-il Un ?
Sommes nous deux ?
Qui voit-il dans son miroir ?

Et quand il dort, est-ce mon rêve ?
Ou le sien ?

Suis-je lui ?
Est- il moi ?
Moi ou lui ?
Lui ou moi ?
Lui/moi
Moi/lui

Image dans le miroir.

© Cenwen

Chapitre 18 : En Guerre!

Journal de Bord Commun

Rapport de Haven-Jane CF01

Les missions se succèdent à un rythme effréné.
Nous sommes épuisés.
La majorité d’entre nous à du mal à dormir.
Ceux qui y parviennent font des cauchemars.

Notre passage dans La Chambre a réveillé bon nombre de nos démons.
La violence et le mal que nous affrontons au quotidien nous minent.
C’est comme de vider l’océan avec une passoire.
Epuisant et stérile.

A chaque malfrat que nous abattons,
A chaque gang que nous démantelons,
A chaque psychopathe que nous arrêtons,
A chaque victime que nous découvrons,
Nous perdons un peu plus de notre âme.

Le temps n’est plus à l’entrainement.
Le temps n’est plus à la simulation.

Désormais, nous développons nos pouvoirs sur le terrain.
Notre dernière mission de protection de la banque de Faultline nous a montré notre force.
Elle nous a aussi montré nos limites, nos failles et nos manques.
La Mante, l’ennemie que nous avons affrontée cette nuit nous a tous et toutes envoyés à l’hôpital.
Nous avons fini par la neutraliser, ainsi que son gang, mais c’était limite.

Le temps n’est plus à l’enthousiasme.
Le temps n’est plus à l’insouciance.
Le temps n’est plus à l’amateurisme.

Nous sommes en guerre.

à suivre…

© Cenwen

 

Chapitre 17 : Le Rêve de Gatling-Joe CF03

Journal mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 6

Je suis dans ma chambre.
Dans la base de La Clone Factory Inc.
Je dors.
Pour une fois, sans rêve, sans cauchemar.

Un bruit.
A la limite de la conscience.
Un bruit.
Qui s’amplifie.

Un bruit.
Impossible à définir.
Un bruit.
Sur deux temps.

Un bruit.
De plus en plus puissant.

Un bruit.
Comme les pulsations d’un cœur gigantesque.

Ce bruit est si fort, si insistant que je finis par me lever.
Je ne suis pas la seule.
Nous sommes plusieurs à nous retrouver dans le couloir.

Le martèlement est si puissant à présent, que chaque coup fait vibrer l’air autour de nous.
L’air, les portes et le plancher, tout tremble.

– Qu’est ce qui se passe ?
– Je n’en sais rien.
– Ca vient de la chambre de Gatling-Joe CF03.

Les coups suivant sont si forts, que les lumières autour de nous vacillent.

Un coup d’œil à chacun de nous.
Je frappe, fort.
J’insiste.
Pas de réponse.
J’entre dans la chambre.

Un mince halo vert entoure le dormeur.
Gatling-Joe CF03 dort à poings fermés.
Il sourit dans son sommeil.
J’ai presque honte de ce que je vais faire.

– Joe ! Grand Frère ! réveille-toi.

Je l’appelle par son nom.
Mais rien n’y fait.
Les battements de cœur autour de nous sont tellement puissants qu’ils en deviennent douloureux.
Je le secoue, sans ménagement.
Il ouvre deux yeux ensommeillés.
Il me fixe

– J’étais si près…tu n’aurais pas du me réveiller.
– Si près de quoi Grand Frère ?

Il rejette ses couvertures.
Il regarde ses mains.
Il me les montre.
Au centre de la paume, sur chacune, il y a un cercle rouge, comme des stigmates.
Je suis médusée.

– Qu’est ce que çà veut dire ? Qu’est ce que c’était ce bruit ?
– On m’appelait…
– Qui t’appelait ?
– Tu l’ as entendu, toi aussi ?
– Nous l’avons tous entendu Joe. Cela ébranlait toute la base. Qu’est ce que c’était ?
– Un appel. On m ‘appelait et je répondais à cet appel. J’étais si près.
-Si près de quoi ?
-De tout comprendre.

A suivre …

© Cenwen

Chapitre 16 : Apesanteur

Journal Mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 5

La journée a été lourde.
La pluie, comme une promesse non tenue, tarde à tomber.

Les immeubles, le béton, l’acier et le verre ont retenu la chaleur.
La ville est une étuve.
Des rixes éclatent entre les gangs : Déviés contre Trolls, Trolls Contre Conseil, Conseil contre Tsoo, Conseil contre Déviés…

Les enfants pleurent.
Les parents s’énervent.
Les couples de disputent.

Entre mes frères et mes sœurs règne une tension palpable.
Nos petits désaccords ne sont rien.
C’est juste la pluie qui tarde à tomber.

Je me suis éloignée pour quelques heures.
Comme tout le monde, je cherche un peu de fraîcheur.
J’ai troqué mon uniforme et ma visière contre un pantalon en lin et un t-shirt.
J’ai chaussé de fines lunettes aux verres rectangulaires légèrement fumés.

Je marche, anonyme, dans ce petit parc que j’aime tant.
Nous l’avons repris il y a quelques jours aux fanatiques du Cercle des Epines.
Il n’est pas fréquenté. Il faut du temps pour que la réputation d’un lieu change.
Nos concitoyens mettront quelques temps à se le réapproprier.

Egoïstement, pour l’instant, je profite de ma solitude passagère.
Je veux être seule.
J’ai besoin d’être seule.

Un oiseau, dans le feuillage défraîchi lance un trille, sans grande conviction.
Nul congénère ne lui répond.
La pluie tarde à tomber.

Je veux être seule.
J’ai besoin d’être seule.

Je baisse la tête.
Je ferme les yeux.
J’inspire profondément.
Je me détends.
Je me concentre.
Je rentre en moi.
Je fais le vide dans mon esprit.
Je laisse mes pensées s’effilocher comme des nuages dans le vent.
Je perds conscience du flot du temps.
Je rêve. Eveillée.

Des jours et des nuits à pratiquer cet exercice.
Seule.
Cachée.
Secrète.

Mes bras s’éloignent un peu de mon corps.
Mes doigts s’écartent, légèrement.
L’air semble plus dense.
Sensation de lutter un instant contre la pesanteur.
Sensation d’être à deux endroits à la fois.
Sensation de voir par-dessus mon corps.
Courte lutte contre la panique de me sentir dissociée.

Profonde inspiration. Calme.
Sensation de flottement. Calme.
Sensation de tiraillement.

– Madame, madame !

Une petite main tire sur mon pied.
Je dégringole.
Je me retrouve assise par terre, éberluée.

Elle me regarde du haut de ses 5 ans,
Toute menue dans sa robe blanche tachée d’herbes.
Elle a les joues rouges, les yeux qui brillent de malice.
Ses cheveux sont collés à son front.
Elle a chaud.

Elle me regarde d’un air ..réprobateur ? circonspect ?
Je ne saurai dire.

– Tu sais que t’avais l’air d’un ballon ?
– C’est pour çà que tu m’a tiré sur le pied ?

Question idiote de l’adulte que je suis.
Cela ne mérite pas de réponse.

– Dis-moi, j’étais à quelle hauteur ?

Elle ne me répond toujours pas.
Elle tend son bras doré par le soleil. Son petit visage se crispe sous l’effet de la réflexion .Puis, elle se met sur la pointe des pieds, tendue à l’extrême.
Je me relève. Je lui souris.
Elle me fixe toujours de ses grands yeux et me lâche : « tu sais qu’ t’es bizarre toi ? »

– Camille, Camille où es-tu petite chipie ?
– Je suis là, M’man…
– Elle ne vous a pas dérangée au moins ?
– Non, au contraire.
– Allez Camille, viens, n’embête pas la dame, Chérie.

Elle soupire.
Ca non plus, ça ne mérite pas de réponse.
Main dans la main, je les vois s’en aller.
Je crie :

– Hé ! Camille ! Merci !

Je suis épuisée.
Vidée.
Exténuée.
J’ai réussi.
C’est un premier pas.
D’autres suivront.

La pluie tombe enfin.

A suivre…

© Cenwen

 

Chapitre 15 : Amnésie

Journal de Bord Commun

Rapport de Haven-Jane CF01

Nous avons éveillé un de nos Frères.
Mastery-Joe CF01.

Il a tout de suite trouvé sa place au sein de notre petite famille.

Même à l’état embryonnaire, ses pouvoirs sont déjà impressionnants.
Il est encore un peu désorienté par son réveil.
Ca n’a rien d’étonnant.
On le serait à moins.
Il va bien.

Nous nous sommes séparés en deux groupes.
Un qui assure les missions à l’extérieur.
L’autre qui procède toujours à un nettoyage en règle de notre base.

Je m’occupe de l’entrainement.
A vrai dire, quand je vois comment notre nouveau frère gère ses capacités, je sais que je n’ai rien à lui apprendre.
Sauf, peut-être, à se ménager un peu.

Mastery-Jane CF02 nous contacte tous et toutes.
Elle veut nous voir en salle de réunion.
Elle a reçu un appel du Lieutenant David Wincott.
Il veut impérativement nous rencontrer.
Chez nous, à la base et non pas sur son territoire : les Crevasses.

Les Crevasses sont une zone de Parangon City.
Entouré par les douces collines de Cherry Hills, traversé par la Red River, parsemé de parcs, c’était un quartier résidentiel tranquille.
Autrefois, c’était un endroit agréable.
Il faisait bon y vivre.

Aujourd’hui c’est une zone de violence et de non Droit.
Une zone où tous les gangs s’affrontent.
Pour un quartier, un rue, un bout de trottoir, un abri bus, pour tout, pour rien.
Il n’y a plus aucun commerce, plus aucune entreprise, dans ce quartier dévasté.
Il n’y a plus de civils.
Les meurtres de policiers y sont monnaie courante.

David Wincott y est en poste depuis des années.
Il aurait pu être muté.
Il est resté.
Jamais, il n’abandonnera ses hommes.
Mais, il a une raison encore plus personnelle de rester dans cette zone de guerre.
Son fils, Sam.
Il a été enlevé, des mois auparavant.
Les hommes de son escadron ont été massacrés.
Son corps n’a pas été retrouvé.
Depuis, pas de nouvelles de ses ravisseurs.
Pas un signe de vie.
Aucune demande de rançon.
Depuis, il vit dans l’angoisse et l’espoir.

Qu’il quitte la zone des Crevasses, est en soi, un événement.
Qu’il veuille nous voir à la base nous surprend plus encore…

Nous sommes tous là.
Titanium-Jim CF01, Gatling-Joe CF03 et Gatling-Jane CF01,
L’équipe à l’extérieur a interrompu sa mission.
Mastery-Jane CF02 et Titanium-Joe CF01 ont suspendu les procédures en cours.
Je suis là, accompagnée de Mastery-Joe CF01.
Nous l’attendons.
Nous attendons.

Un appel sur le Video-Com.
C’est Wincott.
Il n’est pas seul.
Derrière lui, deux policiers en treillis noirs, cagoulés et un troisième homme, en civil.
A l’arrière plan, un fourgon du S.W.A.T.

Mastery-Jane CF02 leur accorde l’entrée de la base.
Les portiques de sécurité et de détection se déclenchent à leur passage.
Gatling-Jane CF01 les désactive.

Wincott et ses hommes sont armés.
Il ne nous viendrait pas à l’idée de leur demander de déposer leurs armes.
Elles font partie d’eux.

La base est une zone alliée.
Nous leur faisons confiance.
Nous sommes aussi assez nombreux pour pouvoir les neutraliser… en cas de besoin.

Un mini-drone les guide jusqu’à la salle de réunion.

David Wincott entre le premier.
Il doit avoir dans les 55 ans.
Ses traits sont marqués par la violence qu’il côtoie depuis si longtemps.
Par le chagrin aussi. Par la fatigue.

Les deux officiers du S.W.A.T se placent de part et d’autre de la porte.
Ils encadrent l’homme en civil.
La main sur la crosse de leur arme de service.
Deux statues noires dont les yeux vivants surveillent chacun des mouvements effectués dans cette pièce.

L’homme en civil est grand.
Il porte un chapeau qui cache son regard.
Un long trench coat masque ses vêtements.
Des menottes électroniques aux poignets, il semble étrangement absent.

Wincott nous dévisage un à un.
Je sens qu’il enregistre chacun de nos visages, chacune de nos caractéristiques.
C’est la première fois qu’il nous voit sans nos uniformes, sans nos visières.
C’est délibérément que nous nous exposons ainsi.

Il est notre allié.
Il nous a toujours fait confiance.
Quand tous nous rejetaient, il nous a tendu la main.
Sans rien attendre de nous.
Sans contrepartie aucune.

Il est venu jusqu’à nous aujourd’hui.
Nos visages à découvert sont un signe de respect.
De respect et de confiance.

Il ne se perd pas en bavardage.
Il désigne l’inconnu menotté et silencieux.

Mes hommes l’ont trouvé près du barrage de Red River, inconscient.
Entouré d’une demi-douzaine de cadavres. Des Trolls qui s’étaient mis en tête de faire sauter l’édifice et d’inonder ce qui reste des Crevasses.
Ils l’ont ramené jusqu’à l’hôpital de campagne.
Le médecin qui l’a examiné n’a relevé aucune blessure grave, juste des contusions,
de nombreuses traces de piqures, des marques de ligatures sur les avants bras et les chevilles.
-Il est désorienté, incapable de se souvenir de son nom, ou de ce qu’il faisait près du barrage. Il ne se rappelle pas de son combat. Rien. Le Doc pense qu’il ne s’agît pas d’un simulateur. Les symptômes lui font penser à une amnésie traumatique.
Il m’a appelé. J’ai fait quelques recherches. Il n’y a aucune trace de lui ou de ses antécédents dans les bases de données de Parangon City.
Je suis passé le voir. Je suis entré quand il se rhabillait. En le voyant, j’ai compris.
Et je vous l’ai amené. Enfin…, il a fallu l’aider un peu. Il n’a pas été très coopératif. Un de mes policiers est resté à l’hôpital avec une mâchoire cassée et quelques dents en moins. D’où les menottes. C’est l’un des vôtres.

Nous sommes abasourdis.
Incrédules.

Wincott le libère de ses entraves et lui rend sa liberté.
L’inconnu ôte son chapeau.

Et nous comprenons.
Nous sommes sous le choc.
C’est tellement évident pour qui nous connaît bien.

C’est l’un de nous.
Un que nous n’avons pas éveillé.
Sans mémoire.
Sans souvenirs.
Sans passé.
Un clone inconnu.
Mais un archétype référencé.

C’est un Reaper-Joe.
Et plus précisément, un CF02.

A suivre …

© Cenwen

Chapitre 14 : Éveil d’un Clone

Journal de bord commun

Rapport de Haven-Jane CF01.

La base de la Clone Factory Inc. n’est plus notre sanctuaire.
Elle ne l’a jamais été.
Nous l’avons fouillée de fond en comble.
Nous avons détruit tous les espions et mouchards électroniques si négligemment oubliés par nos « géniteurs ».
Du moins, tout ceux que nous avons trouvé.
Quelque chose me dit qu’il doit y en avoir d’autres.

Sans compter ce système qui leur permet de savoir en permanence où nous sommes.

Nos dernières missions dans Faultline,
Les derniers évènements qui se sont produits autour de nous,
Nous ont, enfin, fait réagir.

Le complexe de la Clone factory Inc. s’étend sur des dizaines et des dizaines d’étages souterrains.
Les ascenseurs, les escaliers roulants, les chambres fortes, les réserves, les bureaux, les salles de réunion, les installations sportives, le complexe médical, les laboratoires de recherches, les générateurs, nos chambres, tout a été enterré profondément.

Bien caché, à l’abri dans les profondeurs de la terre, se trouve La Chambre.
Cet espace ovoïde, entouré de plusieurs champs de forces est protégé de toute attaque, ou de toute intrusion.
Il est pourvu d’un système de générateurs dont la technologie me laisse penser qu’ils sont d’origine rikti
Il renferme plusieurs dizaines de capsules, toutes identiques.
Seules quelques inscriptions codées permettent de savoir ce qui se trouve là, si bien gardé.

C’est un endroit froid et stérile, sans âme.
A l’image de ceux qui nous ont conçus.

Je suis claustrophobe.
A tel point que je dois régulièrement sortir de notre complexe pour respirer et voir un bout de ciel.
A tel point, que chaque mission dans les égouts ou les tunnels sous Paragon City est une véritable épreuve.
Me trouver ici, dans la Chambre, imaginer mon corps inconscient, enfermé dans un sarcophage, est pour moi, un enfer.
Une sueur glacée imprègne ma combinaison.
J’ai du mal à respirer.
Mon cœur bat la chamade.

Je sens la présence de mes frères et de mes sœurs près de moi.
Je sens la force et la détermination de chacun , de chacune.

Titanium-Jim CF01 et Gatling-Joe CF03 sont face à moi.
Ils savent ce que je ressens.
Ils connaissent mes cauchemars, mes peurs.
Je puise dans leurs regards le courage qui me fait défaut.

Je m’appuie sur la force douce et tranquille de Gatling-Jane CF01.
Elle se tient à mes cotés, calme et sereine.
Egale à elle-même.

De l’autre coté du triangle que nous formons, se tiennent Titanium-Joe CF01 et Mastery-Jane CF02.
Ils sont déterminés, sûrs d’eux.
Mastery-jane CF 02, la mâchoire crispée, le regard fixe, bouillonne de rage.
Mais elle la contrôle.

Aucune discussion.
Aucun mot.
Nous avons pris notre décision d’un commun accord.
Nous devons le faire.

Nous connaissons la procédure.
Nous l’avons apprise.
Nous l’avons répétée en simulation des centaines de fois.
Aujourd’hui, ce n’est plus un entrainement.

Mastery-Jane CF02 effleure les touches d’un clavier virtuel.
Un flot de lumière crue se déverse dans La Chambre.
Un léger vrombissement, un frémissement d’air.

Du sol émerge un sarcophage.
Il est en acier brossé.
Notre symbole : un globe d’énergie, stylisé.
Une série de chiffres et de lettres : ATMJCF01

Le couvercle se relève et s’escamote dans un chuintement.
Un champ de force, parcouru des légères variations rose et or.
Ce n’est qu’une des nombreuses protections qui veillent sur le contenu de la capsule.

Gatling-Jane CF01 les désactive un à un.
Gatling-Joe CF03 et Titanium-Jim CF01 surveillent les paramètres vitaux qui commencent à s’afficher sur les écrans de contrôle.

Mastery-Jane CF02 et Titanium-Joe CF01 se tiennent près à intervenir d’urgence.
La procédure est longue, délicate, complexe.
Une seconde d’inattention et tout tournera à la catastrophe.
Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer.

Gatling-Jane CF01 vient d’annuler la dernière protection.

Il est là.
A la limite de la conscience.
Ses lèvres et le bout de ses doigts sont légèrement bleus.
Sa poitrine se soulève.
Une inspiration profonde et douloureuse quand l’air remplit ses poumons.
Son corps se tend et s’arque.
Un cri.
Un regard bleu acier.
Qui ne nous voit pas encore.

La voix douce de Gatling-Jane.

– Bienvenue Mastery-Joe CF01.

Nous avons éveillé un de nos frères.

A suivre…

© Cenwen

Chapitre 13 : Archives Holographiques de la Clone Factory

Archives Holographiques de la Clone Factory Inc.

Discours de présentation d’Alex Petterson, Directeur Adjoint, responsable de l’opération Clone Factory Inc.

Mesdames, Messieurs, bonsoir !

Depuis l’origine, le clonage reproductif humain a été considéré comme un crime contre la vie. A l’inverse du clonage thérapeutique qui vise seulement à produire des cellules-souches, et qui, lui, n’a jamais soulevé de polémiques aussi vives.

C’est à partir de 1952 que commencèrent les premières expériences de clonage. Les chercheurs réussirent à faire des clones à partir de cellules embryonnaires de grenouilles. Ce ne fut pas une réussite spectaculaire. Sur 197 transferts de noyau, il y eut seulement deux têtards.

En 1997, un pas supplémentaire fut franchi avec le clonage de la brebis Dolly. Mais, les résultats étaient trop incertains. Il y avait beaucoup trop de décès prématurés et de malformations importantes.

En 2004, une équipe sud-coréenne a franchi un autre pas en annonçant avoir réussi à cloner le premier être humain.
Certes, aucun bébé ne naquit à ce moment, de cette expérience.
Ce n’était qu’une recherche de biologie fondamentale pure.
Mais les obstacles techniques étaient levés.
Il ne restait plus qu’à lever l’interdit moral.

Cette réussite posait, avec encore plus d’insistance, la question de la législation concernant le clonage humain.
Sur le plan international, aucune décision ne fut prise.
L’ONU d’abandonna l’idée même d’une convention interdisant le clonage humain reproductif.
Les états furent donc libres de légiférer comme ils le souhaitaient.

Peu après, de nombreux scientifiques, indiquèrent que le clonage humain était techniquement irréalisable.
Ils suggérèrent que les tentatives de clonage reproductif sur des singes avaient échoué à cause d’un obstacle moléculaire fondamental.
Des chercheurs de l’université de Pittsburgh rapportèrent, dans le magazine «Science», que dès la première étape, les cellules des primates clonés ne se divisaient pas normalement et entraînaient un mélange désordonné de chromosomes trop anormaux pour permettre à la grossesse de débuter.

Afin que les cellules se divisent correctement, les chromosomes doivent se dupliquer entre eux, puis se diviser. Dans le cadre d’une reproduction humaine, si les chromosomes ne se divisent pas convenablement, cela peut aboutir à une malformation, comme la trisomie.

Or les chercheurs de Pittsburgh avaient découvert, à l’intérieur des cellules clonées, des chromosomes désordonnés, qui laissaient à penser que des anomalies chromosomiques pouvaient être à l’origine de l’échec du clonage des primates.

En pratique, pour obtenir un clone, les scientifiques prélevaient un ovule d’une femelle. Ils le vidaient de son noyau et donc du patrimoine génétique de la «mère», pour le remplacer par de l’ADN d’une cellule adulte de l’animal à cloner. Un choc électrique devait ensuite entraîner la division, puis la formation d’un œuf.
Cet œuf devenant, théoriquement, un embryon qui pouvait être implanté dans l’utérus de la mère.

Mais les ovules contiennent des protéines qui agissent comme des moteurs moléculaires cruciaux dans l’ordonnancement des chromosomes, ces protéines étant extraites en même temps que l’ADN, la grossesse était vouée à l’échec.

Or, Messieurs, Mesdames, j’ai le plaisir de vous annoncer que les chercheurs de La Clone Factory Inc, ont enfin, après des décennies de travail, réussi à contourner cet écueil.

Nous avons ce soir, le privilège de vous présenter le premier être humain issu de la recherche scientifique : ATCF01

A suivre…

© Cenwen

Chapitre 12 : Un Privé nommé Mike…

Journal Mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 4

Les événements se sont précipités.

Le retour in extremis de Titanium-Jim CF01.
Notre naïveté de penser que nous étions libres d’agir et de penser par nous même.
Le contrôle exercé par les fondateurs de La Clone Factory Inc. sur nos vies.
Le financement de la Clone Factory Inc. par Le Gouvernement.

Je ne sais toujours pas qui je suis ou ce que je suis.
Mais trouver une réponse à cette interrogation n’est plus, pour le moment une priorité.

Une autre question est devenue pour moi une obsession.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus que six.
Qu’est-il advenu de nos autres frères, de nos autres sœurs ?
De ceux et celles qui ont été éveillés avant nous et qui manquent à l’appel ?

L’arrivée soudaine d’une carte postale écrite par Titanium-Jane CF01 dans ces circonstances a déclenché chez moi, un mauvais pressentiment.
Je suis devenue paranoïaque.

Je ne connais pas Titanium-Jane CF01.
A mon arrivée, elle était partie… en vacances.

Mais j’ai lu ses rapports, un par un.
J’ai rencontré ses contacts.
J’ai travaillé avec la plupart.
Tous m’ont décrit une jeune femme fantasque, aimant la vie, aimant rire, et faire la fête.
Mais tous on été unanimes sur son dévouement aux Clones et aux citoyens de Parangon City.

Je suis une combattante.
Pas un détective.
J’ai engagé un enquêteur privé, dont Jim Tremblor m’a assuré qu’il était réglo.

J’ai rendez-vous avec lui dans quelques minutes.
Je suis dans l’entrée d’un vieil immeuble de Copper District.
Un ascenseur poussif me monte au dernier étage.
Des murs de briques rouges foncées, un parquet usé.
Une porte de bureau, entrebâillée, avec une ouverture en verre dépoli.

Des notes de saxo s’échappent, mélancoliques.
Je crois reconnaître So What. Miles Davis et John Coltrane.
Je ne suis pas vraiment sûre.
Titanium-Jim CF01, lui, saurait sûrement.
Il y a quelques temps, peu avant sa disparition, il m’a emmenée boire un verre au Pocket D.
Dans un des salons, des nostalgiques de l’ancien temps, et une soirée passée à écouter des « standards » du Jazz.

Une plaque en cuivre dorée, qui porte des coups de ciseaux rageurs.
Je franchis seuil de l’officine
J’entends le cliquetis si particulier d’un barillet qu’on arme.
Je m’immobilise.
Je me retourne doucement.

Je suis nez à nez avec un canon de pistolet.
Suffisamment proche pour reconnaître un 357 magnum.
Une arme ancienne de nos jours, mais capable de faire d’énormes dégâts.
Surtout à cette distance.

L’homme au bout du pistolet est âgé d’une quarantaine d’années.
Grand.
Mince.
Musclé.
Une petite moustache.
Des yeux marrons
Sur son front une très belle bosse.
Un borsalino cabossé au sol.
Un trench coat beige pend sur la seule chaise restée debout.
Tout autour de lui, règne un fouillis indescriptible de meubles fracassés.
Son bureau à l’air d’avoir été mis à sac.
J’ai l’impression d’avoir fait un saut dans le temps.
De me retrouver expédiée dans un roman noir à la Mickey Spillane ou à la Dashiell Hammet

Son regard s’attarde un peu trop longtemps sur mes jambes.
Tremblor m’avait prévenu.
« Mon » détective a du goût pour les ennuis et les jolies femmes.

Il se présente.
Sa voix est rauque, un peu cassée.
Le canon du pistolet s’abaisse, un peu.

– L’inconnue de 15h00 ? me dit-il sarcastique
– Mademoiselle Jane Haven.
– Mike Hammer, détective, à votre service.

Il n’a pas besoin de savoir que je suis un clone, du moins, pour le moment.
Nous discutons un moment.
Je connais ses conditions financières.
Je suis prête à payer, sans les discuter.

Je lui donne la seule piste que j’ai trouvée, par hasard.
Le dernier endroit où Titanium-Jane CF01 a été vue.
Le Pocket D. La plus grande boîte de nuit de tous les Temps.
Elle y avait rendez-vous avec un contact.

Je n’ai pas parlé de mes projets à mes frères et sœurs.
Je ne sais pas où tout çà va me mener.
Tant que je ne le sais pas, inutile de les impliquer.
Ils ont déjà trop de choses à gérer.

A suivre …

PS : cet épisode est aussi un hommage à Ma Maman, grande fan de la série Mike Hammer d’où les références.

© Cenwen

Chapitre 11 : Sauvetage

Journal de bord commun

Rapport de Haven-Jane CF01

20h30
Faultine

Nous avons rendez-vous Gatling-Joe CF03 et moi-même à l’entrée de la zone de Faultine.
Nous attendons Gatling-Jane CF01.

Nos frères et nos sœurs ont d’autres engagements ailleurs.
Titanium-Jim CF01 arbitre un tournoi de football dans un collège de Steel Canyon.
Gatling_Joe CF03 et Mastery-Jane CF02 assurent la maintenance de notre base.

C’est un soir de printemps doux et serein.

Gatling-Jane CF01 nous prévient.
Elle a été appelée en renfort par un groupe de Super Héros.
Elle aura un peu de retard.

L’entrée de Faultline vient juste d’être reconstruite.
La zone a été détruite par un gigantesque tremblement de terre.
A la suite de ce dernier, le barrage s’est rompu inondant une grande partie des infrastructures encore debout.
De nombreux immeubles sont écroulés.
Des pans entiers de chaussée manquent.
Des policiers, des troupes d’élite, patrouillent, nombreuses, dans cette zone de non Droit.

Nous sommes dans un petit square.
Une fontaine gargouille doucement.
Un chat roux ensommeillé ronronne en sourdine sur la margelle.
Les arbres agitent tranquillement leur ramure, nous offrant un air doux et parfumé.

Pour une fois, je suis presque détendue.
J’ai un peu baissé ma garde.
Un Oscillateur me prend pour cible.
Gatling-Joe CF01 lui règle son compte d’une seule et unique décharge de foudre.

– On ne touche pas à ma petite sœur !

Ça me fait chaud au cœur.
D’avoir un grand frère, moi, qui ne sais pas qui je suis, ou ce que je suis.

Nous nettoyons les alentours de la petite place.
Un peu de répit pour les officiers du S.W.AT qui assurent la sécurité de cette zone.
Un peu de sécurité pour nos concitoyens.
Qu’ils profitent pour une fois de cette petite place et de ce soir si doux.

Gatling-Joe CF01 me fait une surprise.
Il m’emmène dans une petite pâtisserie, « Le Paradis des Donuts ».
A l’intérieur, des anonymes, des héros, des policiers.
L’air sent délicieusement bon : cannelle, vanille, sucre…
La caissière derrière son comptoir est vraiment très jolie.
Elle nous sert.
Elle dévore littéralement Gatling-Joe CF01 des yeux.
C’est vrai qu’il est beau.
Grand, les épaules larges, la taille fine, de longues jambes et des muscles puissants mais finement dessinés.
Un sourire à faire fondre une banquise.
Un regard droit et honnête.
Une voix grave.
La combinaison bleue dessinée et créée par Titanium-Jane CF01 le met en valeur.

Tous, nous avons été crée physiquement parfaits.
Mais la perfection physique n’est rien sans l’âme qui l’habite.

Je suis bêtement fière et heureuse.
C’est « mon » Grand frère.

Nous emportons nos beignets et nos cafés sur la petite place.
Nous les dégustons tranquillement.
Nous bavardons à bâtons rompus.
De tout, de rien.
De nous.
C’est tellement rare cette paix.
Nous vivons dans l’urgence. En permanence.
Alors ces quelques instants sont précieux.
Ils donnent un peu de sens à cette folie.

Mais nous sommes toujours en éveil.
Nous repérons un jeune homme en jeans et blouson de cuir noir.
Il parle seul.
Il est agité.

Nous nous levons.
Nous déposons nos emballages vides dans une poubelle.
Nous nous dirigeons vers lui.

– Besoin d’aide Monsieur ?

Il ne répond pas.
Il faut que j’insiste pour qu’il sorte de son monologue.
Il s’appelle Jim, Jim Tremblor.
Il est paniqué.
Son amie d’enfance, sa meilleure amie a disparu.

Une disparition dans cette ville, c’est monnaie courante.
Quand un Civil disparaît, c’est déjà mauvais signe.
Quand c’est un Héros, c’est encore plus mauvais.

Son amie est connue de l’Administration.
Elle est enregistrée sous le nom de Fusionnette.
C’est une Héroïne.

Jim Tremblor nous explique qu’elle est sur la trace de documents volés à sa famille.
Elle est la seule survivante d’un massacre organisé par un groupe de Déviés.
Quand elle a appris que les assassins de sa famille étaient revenus à Faultine, elle a perdu son sang-froid.
Depuis, il n a plus de nouvelle.

Nous contactons Gatling-Jane CF01.
Nous l’informons de la situation.
Nous partons en mission tous les deux.
Elle nous rejoindra dès que possible.

L’entrepôt dans lequel Fusionnette a disparu est très proche du petit square.
Moins de cent mètres.
Nous nous y rendons sans attendre.
L’endroit est étonnement calme.

Les Déviés.
Sectateurs fanatiques d’un culte aberrant, grands consommateurs de drogues diverses qui les ont profondément modifiés, ils disposent de pouvoirs psychiques hallucinants.
Ils sont dangereux, kamikazes et imprévisibles.
Ils ne redoutent rien, ni personne.

Comme toujours, Gatling-Joe CF01 m’a précédée.
L’entrepôt est encombré de caisses éventrées.
Elles déversent leur contenu dans les allées.
Il y a peu de lumière.
Les Déviés sont « chez eux ».

Nous attaquons en silence.
Simultanément.
Cible après cible.
Nous nous complétons de mieux en mieux.
Il y a encore des ajustements à faire.
A cet instant, je sens que la force des Clones, notre force à tous, réside dans cette symbiose qui se développe.

Rapidement, nous parvenons à libérer Fusionnette.
Vêtue de bleu et de blanc, sculpturale, elle déborde d’énergie.
Elle est furieuse de s’être laissée piégée.
Les déviés qui ont échappé à nos premières attaques sont liquidés.
Il n’y a pas d’autres mots pour rendre compte de sa colère.

Elle nous remercie d’un mot et s’envole.

Nous ressortons tous les deux du dépôt.
Jim Tremblor se précipite vers nous.
Sa mésaventure n’a pas calmé Fusionnette.
Bien au contraire.
Animée par sa soif de vengeance, elle est repartie, plus rapide que l’éclair.

Gatling-jane CF01 nous rejoint.
Nous sommes heureux de la savoir à nos côtés.
Nous nous synchronisons toutes les deux.
C’est une responsabilité pour moi.
C’est aussi un honneur.
Je suis fière de pouvoir lui être utile.

Le bâtiment où s’est engouffrée Fusionnette est juste derrière nous, à un jet de pierre.
Nous y entrons tous les trois.
Le passage de notre nouvelle amie a laissé des traces.
Les cadavres qu’elle a laissés derrière elle, nous mènent au premier étage.

Des éclairs rouges sillonnent l’espace autour de nous.
Avec effroi, je découvre deux drones arachnoïdes.
Que font-ils là ?
Je ne réfléchis pas.
J’envoie salve sur salve, déversant sans compter l’énergie que je puise dans L’Outre Monde.
Emergeant de l’escalier, un Inquisiteur.
Son uniforme et sa longue cape blancs, portent l’emblème d’Arachnos, le maître absolu des Iles Insoumises.
L’Inquisiteur lutte pied à pied avec un petit groupe de Déviés.
Nous comprenons instinctivement que pour cette fois, c’est un allié.
Nous volons à son aide.

Une courte pause de présentation.
Le temps presse.

– Inquisiteur Sands.
– Clone Factory Inc.

Il sait qui nous sommes.
Nous ne saurons pas ce qu’il cherche.

Aidé de cet allié pour le moins surprenant et de la technologie d’Arachnos, nous progressons rapidement dans les étages.
Nous rejoignons Fusionnette.
Elle vient de tomber aux mains de deux Ermites, d’un Recteur et de deux gardes.
Les Déviés les plus puissants que nous ayons eu à combattre à ce jour.

Tout va très vite.
Trop vite.
L’Inquisiteur Sands et Gatling-Jane CF 01 sont inconscients.

Gatling-Joe CF01 et moi-même, sommes dos à dos.
Comme deux épéistes.
Chacun protégeant l’autre.
Dans un ballet mortel.

La bataille fait rage.
A notre tour, nous succombons, inconscients.

Nous nous réveillons douloureusement.
Les ondes psychiques qui ont martelé nos cerveaux et les coups que nous avons encaissés, nous ont laissé groggy.
Mais nous sommes vivants.
Ils sont tellement sûrs d’eux que nous ne sommes même pas ligotés.

Les Déviés ne nous ont pas tué.
Ils veulent nous convertir.
Par la force.
Ils veulent renforcer leurs rangs.

Nous n’allons pas les laisser faire.
Hors de question de se rendre.
L’inquisiteur Sands pianote sur une console miniature et deux drones viennent distraire l’attention de nos gardes.

Nous n’avons rien à perdre.
Plutôt mourir que subir le sort monstrueux qui nous est réservé.

Nous sommes à égalité.
Cinq contre cinq.
Nous ne voulons pas perdre notre âme.

Les drones sont d’un précieux secours dans cette lutte qui fait rage.
Notre volonté, notre union fait notre force.
Nous combattons, unis par un même but.
Le dernier Dévié tombe enfin à terre, vaincu, mort.
.
L’écho de ses pensées flotte dans l’air.
Pendant un instant, nous les entendons.

– « …L’appel des Ruine…Je l’entends encore…Comme un souvenir… »

A suivre…

© Cenwen

Chapitre 10 : Retrouvailles

Journal Mnémosphère de Haven-Jane CF01

Fragment 3

Il nous a retrouvé cette nuit, alors que nous nous jetions tête baissée dans une embuscade tendue par Le Conseil et ses troupes d’élites, La Nébula Corp.
Il est apparu, venant de nul part.
Vivant.
En pleine possession de ses moyens.

Quand il m’a serré dans ses bras, je ne me suis pas posé de questions.
Toutes les larmes que je n’avais pas versées depuis que je le croyais mort ont enfin coulé.

Dans cette nuit de folie qui a suivi sa réapparition dans nos vies, nous n’avons pas eu le temps de lui parler, de lui poser les questions qui se bousculent dans nos têtes.

Je me dirige vers le réfectoire.
Je me laisse guider par la bonne odeur du café fraîchement passé.
C’est une de mes petites contradictions.
Je déteste boire du café, mais j’en adore l’odeur.

Avant même de pousser la porte, je l’entends rire et plaisanter sur mon incapacité à émerger du sommeil à une heure décente.
Aux tiraillements de mon estomac, je réalise qu’en fait de petit déjeuner, c’est plutôt de la fin du déjeuner dont il s’agit.

Il m’accueille d’un éclat de rire à décrocher les étoiles.
Son rire m’a tellement manqué…
Il me soulève de terre sans effort, me faisant voler dans les airs.
Je suis grande. 1 mètre 85.
Mais dans ses bras, je suis toute petite.
Titanium-Jim CF01 est un colosse.

_ Ca y est ! La Belle au Bois Dormant est enfin parmi nous !

Je grogne.
Mon seul moyen d’expression tant que je n’ai pas avalé, au moins, une tasse de thé brûlant.

Tous mes frères, toutes mes sœurs sont là.
Nous attendons le récit de ses aventures.
Que s’est-il réellement passé durant tout ce temps où nous l’avons cru mort ?

Il commence par son réveil, dans une base militaire secrète, construite sous la calotte polaire.
Sa surprise.
Morgan, la femme qui lui a sauvé la vie, alors qu’il sombrait dans l’inconscience et que ses forces l’abandonnaient.
Les tests.
Sa rencontre avec le Général Peterson.
Sa rencontre avec Monsieur Sprits.
Ses questions sans réponses.
Ses doutes.
Son angoisse pour chacun et chacune d’entre nous.

Il avance dans son récit.
Les pièces du puzzle prennent leur place.
Et ça ne me plaît pas du tout.
Si j’en juge par les mines assombries autour de cette table, je ne suis pas la seule.

Ses deux principales informations nous font l’effet d’une douche froide.
Les fondateurs de la Clone Factory Inc. travaillent en étroite collaboration avec l’armée, avec Le Gouvernement..
Nous sommes soumis à une surveillance constante de la part de nos « géniteurs », marqués comme du bétail avec un système de géo localisation.

Nous avons été d’une naïveté insensée.

Au creux de la paume de mes mains, je sens une pulsation d’Energie Négative.
Je m’oblige à me contrôler.
Et à m’exprimer calmement, alors que j’ai envie d’exploser.

Titanium-Jim CF01 me regarde droit dans les yeux.

– Haven, du calme s’il te plait. Le réfectoire est sécurisé. J’ai fait un grand nettoyage de printemps en rentrant cette nuit. Notre base est truffée de micros. On aura le temps d’y mettre bon ordre. Il faudra aussi « déminer » les serveurs, chercher les programmes cachés, les « vides »…

Le rapport de Titanuim-Jim CF01 a répondu à certaines des questions que nous nous posons depuis que nous avons été éveillés.
Il en appelle d’autres, encore plus nombreuses.

Et une, lancinante.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus que six.
Qu’est-il advenu de nos autres frères, de nos autres sœurs ?
De ceux et celles qui ont été éveillés avant nous et qui manquent à l’appel ?

A suivre …

© Cenwen